Vous êtes ici : Accueil > Enseigner avec les médias > Un projet pour… … se servir de l’actualité en classe
    Publié : 3 septembre 2014

    Guides de poche pour l’enseignant

    Un projet pour… … se servir de l’actualité en classe

    A Dalongeville, Delagrave, 2011

    Préambule

    Selon l’auteur, les démarches didactiques traditionnelles fonctionnent ainsi. Un maître choisit : une notion ; il se définit des objectifs ; il élabore une progression, débouchant sur des activités. Enfin, il évalue les acquis : « et l’élève n’existe pas ! » L’auteur pose alors la question : n’y a-t-il pas risque d’ « enseigner l’obéissance et la dépendance ? »

    Quelle est l’erreur commise, selon lui ? : « oubli[er] que seul l’élève peut apprendre […] chaque élève doit SE construire SES propres savoirs. » La culture ne peut se résumer à une accumulation de « connaissances factuelles ». Etre cultivé c’est avoir bénéficié d’une construction de connaissances / compétences susceptibles d’analyser le « monde qui nous entoure ». L’élève doit posséder la capacité, dans n’importe quelle situation, « de résoudre efficacement des problèmes » en recourant à des « techniques », des « méthodes », des « attitudes », c’est-à-dire « problématiser, rechercher, se confronter à des réalités complexes, élaborer des savoirs-être, savoir-devenir ». L’élève doit accéder à la conscience qu’il possède un pouvoir de compréhension du monde.

    L’enseignant ne pouvant apprendre pour l’élève, à la place de l’élève, se doit de le « mettre en situation de se construire » soi-même et ses compétences. C’est-à-dire dégager du sens « à partir des éléments qui le concernent ».

    Placer l’élève en situation de faire, c’est aussi l’exposer à la possibilité de « mal faire ». C’est l’amener à constater un « dysfonctionnement », à émettre des hypothèses pour dépasser la situation de blocage. Plus que d’exercices, l’élève a besoin d’une démarche vers des « situations problèmes ». Se retrouver au pied du mur et devoir élaborer des démarches constructives pour passer ce mur est un « autre type de culture » qui forge le futur citoyen, « auteur de sa propre destinée ».

    Introduction : pourquoi un tel livre ?

    Le but du livre n’est pas d’aider à « enseigner l’actualité » dans la mesure où elle ne s’enseignerait pas. Le citoyen de base est souvent un « spectateur » plutôt qu’un « acteur » face à l’actualité. Si le livre n’aide pas à enseigner, en quoi sert-il aux enseignants ? A « s’en servir ! », l’ « utiliser », à faire un « détour » pour l’analyser. Il faut que les enseignants comprennent qu’ils sont dans la légitimité lorsqu’ils font analyser l’actualité à leurs élèves. Cette dernière permet de construire des « connaissances disciplinaires » nombreuses.

    Toutes les disciplines relèvent, dans leur démarche, du questionnement, de l’esprit critique déconstructeur, puis de l’hypothèse à élaborer pour reconstruire. L’actualité est une « porte d’entrée vers des savoirs scolaires ». Certes, le rapport exact avec les programmes n’est pas évident, à première vue, mais il existe des « liens évidents » dès qu’on travaille sur des concepts.

    Coup double

    Se servir de l’actualité c’est « faire coup double » : travailler sur des concepts et des situations. Les situations, c’est s’insérer dans le monde et le réfléchir, pour le rendre intelligible, avec des notions simples, sans envolées philosophiques. En fait l’école doit pouvoir fournir la capacité d’agir sur le monde, d’établir un « pouvoir » sur lui, alors que les élèves reprochent à leurs enseignants de leur présenter des choses qui ne leur servent à rien dans leur vie de tous les jours.

    Les maîtres bousculés

    Cela suppose alors une modification des pratiques des maîtres. C’est entrer dans une forme de « cette fameuse pédagogie […] dont les enseignants ne veulent plus parler et dont usent à tort et à travers les hommes et les femmes politiques ». La pédagogie serait devenue « synonyme de communication » mais :

    "Certaines pratiques recommandées par les programmes, comme l’étude de cas, marquent une transformation des représentations de ce qu’est la construction des savoirs."

    Pratique de l’historien géographe

    L’auteur étant historien-géographe signale que l’Inspection générale de ces disciplines a voulu « avancer deux points essentiels » : partir de l’étude de cas pour « construire les notions », se servir de plusieurs de ces études pour « dégager différences et invariants » et répondre à la crise de valeur des « représentation des élèves ». Ainsi l’enseignant doit se référer à plusieurs règles intéressantes :

    1) Le professeur doit faire le deuil de son monopole du discours 2) Pour l’élève le savoir est obtenu à partir d’une tâche, non plus à partir d’une consommation passive (du discours du maître) 3) L’enseignant sait se taire et apprendre des élèves en les écoutant et intégrant leurs propositions 4) Les élèves savent que dans leur rapport aux autres, les camarades de classe comme les professeurs, ils apprennent pour leur bien, leur futur.

    Le travail de groupe, d’échanges exclut donc les « pratiques transmissives frontales » et fait parfois « vaciller » les enseignants. Le travail de groupe sur l’actualité « peut se faire une fois ou deux dans l’année scolaire, mais cela peut être aussi un véritable projet éducatif ».

    Interrogations sur la notion d’actualité

    « L’actualité, qu’est-ce que c’est ? » Cela vient de actualitas (mise en action, caractère de ce qui est actuel), actualis, agissant. Donc l’actualité relève de l’acte, du potentiel qui s’est réalisé, de ce fait, « elle s’observe, elle est sous nos yeux ». Au pluriel, actualités est devenu déroulement d’événements récents, présents, dignes d’être pris en compte et analysés. Le journal télévisé montre des actualités, après qu’elles l’ont été au cinéma, avant le film. Aujourd’hui, l’actualité est la dépêche d’agence. L’agence de presse donne dans le « lapidaire » dans une course de vitesse par rapport aux autres agences, concurrentes.

    L’actualité agrégée, compressée

    Certains journaux, notamment des gratuits, ou sur l’Internet agrégateur « offrent » l’actualité sans analyse. L’internaute, sur les sites dits d’information, recueille des faits en lecture rapide, il se fait sa « revue de presse », mais rien n’y est organisé, « éditorialisé ». Et le système des liens qui se renvoient les uns aux autres, en fuite en avant, n’ajoute rien à la confusion des faits qui s’entrechoquent.

    Le temps présent est-il d’actualité ?

    Le temps présent, vécu par le citoyen, ne se « limite pas à l’actualité ». En effet, le temps présent n’est pas défini, il est « extensible à l’année, voire à quelques années ». Le temps présent est plutôt l’objet de l’ « histoire immédiate », affaire du politologue, sociologue, de l’historien, de anthropologue. L’actualité intéresse « ses contemporains » à des « faits relatés » pour « badauds voyeurs ». Le badaud voyeur fonctionne à l’affectif, à l’émotion.

    Actualité et événement

    Quand on parle de la survenue d’ « événements », on l’entend comme des faits qui vont susciter « une rupture » car l’ « après » du citoyen ne sera plus comme son vécu « avant ». Par exemple, dans l’utilisation de la bombe d’Hiroshima, l’actualité se mue en événement qui résonne dans l’esprit des générations. L’actualité manque de recul, elle. Il faut distinguer le fait : la réalisation d’une chose ; l’événement : un fait historique marquant les sociétés humaines ; l’actualité « qui occupe les esprits au moment dont on parle ».

    Étudier l’actualité : est-ce une discipline scolaire ?

    Souvent « l’éducation aux médias consiste à connaître les modalités d’élaboration d’un journal papier ou d’un journal télévisé ». C’est un travail qui peut n’être que « technique » et qui ne se pose pas la question de savoir ce qui est vrai, si ce n’est qu’une « manipulation », « désinformation ». En communication, on s’aperçoit que l’ « émetteur » n’est pas « neutre », que la « subjectivité » est en partie intégrée au « message ». Étudier l’actualité, c’est donc prendre du recul, ne pas se faire « consommateur d’une pensée ‘’prêt-à-porter’’ ».

    Ligne éditoriale claire ou ambiguë ?

    Cependant, peut-on se passer du commentaire d’un journaliste ? Est-il plus facile de se faire une opinion personnelle à partir du récit plat, lisse, « aseptis[é] » qui rend pourtant compte d’éléments « non convergents », de « sources » contradictoires aplanis ? L’auteur pose la question :

    « Ne vaudrait-il pas mieux lire Le Figaro et L’Humanité que de se contenter de lire Le Monde dont le positionnement politique est finalement ambigu ? »

    En tout cas, il ne faut pas se satisfaire d’un dépêche d’agence ; elle n’est que la partie « émergente » de l’ « iceberg ».

    L’actualité sert-elle à transmettre des connaissances ?

    L’actualité est un monde riche et complexe, « un donné plus ou moins brut de faits ». Le fait d’actualité contient « toute une série d’autres informations qu’il serait important de connaître comme le contexte […] ses causes, la virtualité de la situation… » Le fait informatif ne devrait devenir connaissance qu’après des « interrogations », des « mises en relation avec d’autres informations », des « allers-retours ». Le rapport à l’information est plus important que l’information elle-même, qui peut se dupliquer, se subdiviser à l’infini.

    Oblitérer, dénaturer...

    Le « média » est un « filtre qui oblitère, voire dénature le fait afin qu’il intéresse la société dans laquelle il est immergé ». C’est le « phénomène de l’accroche ». Une pensée ne peut se développer dans une simple « présentation de l’actualité ». La présence d’une personne interrogée s’explique « par la nécessité […] que la réalité soit incarnée ». Mais l’interview d’une personne ne donnera qu’un point de vue.

    Les nouveaux "commentateurs"

    Un nouveau type d’ « émission » est apparu : le commentaire de l’actualité par une personne, personnage public connu ou alors un citoyen lambda. L’information risque d’être déformée : même un « spécialiste » interrogé en direct, un peu rapidement, peut faire une mauvaise analyse, commettre une bourde. Cependant, le débat entre spécialistes en désaccord permet au spectateur, soit de se dire que le sujet est difficile et qu’il ne le comprend pas, et donc rester vigilant, soit se positionner s’il domine les éléments du débat. Il y a risque cependant, dans le désaccord tendu, de produire une caricature informationnelle.

    Quelles démarches en classe, avec l’actualité ?

    Le fait d’actualité s’inscrit dans le temps, dans un cheminement chronologique qui permet d’interroger les causes, de contextualité. L’élève « doit faire l’expérience de son esprit peu critique, le forger ; l’enseignant doit accepter ses lacunes, les facilités, les abdications de la pensée ». L’enseignait doit se rendre compte que la « formation est un long processus sans fin » et savoir que, bien que maître, lui-même, n’est pas à l’abri d’un défaut de savoir, d’analyse. Un tel enseignement doit se fixer quatre objectifs :

    1) Former à repérer les particularités des médias (incidence du type de média sur le contenu ; les mêmes médias disent-ils la même chose ?)

    2) Former à décoder l’actualité à travers les médias

    3) Former à la pluralité des points de vue de l’information (une seule source est-elle suffisante ? Qu’est-ce qu’un point de vue ?)

    4) Former à une analyse complexe et contradictoire de l’actualité (un fait se réduit-il à une seule cause ? Un fait a-t-il du sens coupé de ses conséquences ?)

    Xynthia, PLU, PVR

    Le travail sur l’actualité ne peut « se faire à vide », mais par le recours à des « exemples concrets » reliés à des champs disciplinaires. En effet, le fait s’insère dans des champs de la connaissance humaine, relayées par l’école. Pour des historiens géographes : travailler sur la tempête Xynthia avec les notions de « marée », de « courant », « côte d’érosion », « côte d’accumulation » et les « Plans locaux d’urbanisme », le « Plan de prévention des risques »…
    Travailler l’actualité en classe, c’est user de « méthodes » et de « notions ».

    Point négatif : ce type d’enseignement s’il est « rare » dans la classe peut sembler déconnecté de la vie de l’élève. En effet, on ne peut se lancer dans une telle progression en simple « Semaine de la presse et des médias dans l’école ». C’est pourquoi l’Institution produit des textes afin que l’enseignant puisse s’investir en pratique longue dans le décryptage de l’actualité.

    Cet enseignement de l’actualité se réfère au Socle commun des connaissances.

    Dans les « connaissances sociales et civiques », on a recours à :

    - l’évaluation de la part de subjectivité, de partialité dans un discours
    - la distinction d’un argument rationnel d’un argument d’autorité
    - l’apprentissage de l’identification, du classement, de la hiérarchisation, de la critique des documents
    - la distinction virtuel-réel
    - la construction de l’opinion personnelle remettant en cause : affectivité, influence des préjugés, stéréotypes

    Dans le Socle des connaissances et des compétences, on recourt à la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication par :

    - le goût de la recherche, des échanges à des fins culturelles et sociales
    - le sens de la responsabilité dans les utilisations numériques interactives

    Aller voir par soi-même

    Ensuite, l’auteur développe des exemples de progressions extrêmement fouillés, à construire avec des tableaux, grilles de lecture permettant aux élèves comme à l’enseignant de produire des savoirs grâce à des méthodes pédagogiques revisitées.

    Ces progressions minutieuses ne peuvent entrer dans le cadre présent qui ne vise qu’à rendre compte d’un ouvrage. La modicité du prix de l’ouvrage et sa valeur d’outil pédagogique court et clair devraient conduire les lecteurs intéressés à une lecture complète.