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    Publié : 27 avril 2016

    France 4 et l’Education nationale

    T’as tout compris ! Un magazine où les élèves réfléchissent sur les médias et produisent de l’information

    Interview de Jean-Baptiste Diebold, rédacteur en chef adjoint du magazine

    CLEMI : Jean-Baptiste, comment cette aventure entre télévision (France 4, T’as tout compris !) et monde de l’éducation est née ?

    Jean-Baptiste Diebold  : L’émission est une idée de la chaîne elle-même. Avant même les débats sur l’éducation aux médias, à l’école, nés à l’époque de l’attentat contre Charlie hebdo, France 4 a souhaité créer un programme qui permette à des collégiens de parler de leur rapport aux médias et de débattre sur le flot d’images qu’ils voient passer sur leurs écrans. Par la suite, un partenariat a été signé avec Le Monde des Ados qui inclut chaque semaine un témoignage de collégien participant à l’émission.

    CLEMI : Vous êtes le rédacteur en chef du magazine T’as tout compris ! Qu’est-ce que cela signifie ? Quel est votre rôle et celui des personnes avec lesquelles vous travaillez ?

    Jean-Baptiste Diebold : Techniquement, je suis en réalité rédacteur en chef adjoint car j’ai la chance de travailler avec Francine Raymond, rédactrice en chef magazine à France Télévisions, qui pilote l’émission depuis l’origine des réflexions. Nous avons, avec nous, deux reporters qui réalisent les sujets de l’émission, certains avec les collégiens et d’autres pour leur apporter des éclairages, ainsi qu’une équipe de la Générale de production, société de production qui gère toute l’organisation de l’émission. N’oublions pas non plus tous ceux qui interviennent sur le plateau un mercredi sur deux à France télévisions : réalisateur, scripte, techniciens lumière et son, maquilleuse… Les équipes de France 4 également, aux programmes ou à la communication. Et bien entendu, last but not least, la présentatrice Hélène Roussel.

    CLEMI : Je vous ai vu faire éclairer, filmer, enregistrer les échanges des élèves du collège E. Branly de Grand Quevilly pendant deux heures, « non stop », je vous ai vu prendre des notes abondantes. Que faites-vous de toute cette matière ensuite ?

    Jean-Baptiste Diebold : C’est toute la matière première de l’émission ! L’originalité de T’as Tout Compris est de partir des questionnements, des images et des idées des collégiens que nous rencontrons chaque semaine. A partir de là, nous construisons le sommaire de l’émission enregistrée quelques jours après avec six collégiens issus de ce groupe.

    CLEMI : Comment faites-vous « travailler » les six élèves choisis pour l’enregistrement en studio à France Télévisions, par rapport à cette matière recueillie au collège ?

    Jean-Baptiste Diebold : Nous sommes en relation constante avec eux, avec l’intermédiaire d’un professeur impliqué sur le projet, pour affiner leurs questions, récolter leurs sources et aussi en leur faisant réaliser des petits reportages, notamment un « micro-récré » où ils vont « sonder » l’avis de leurs camarades sur le sujet du thème principal de leur émission.

    CLEMI : Comment les grandes parties du magazine, avec des intertitres clairs et des jingles, sont-elles nées ? Quel est votre rôle à ce niveau-là de l’élaboration ?

    Jean-Baptiste Diebold : Mon rôle est tout à fait nul en la matière. C’est la société de production qui a cette responsabilité et a travaillé avec un designer.

    CLEMI : Quelle part la journaliste et présentatrice, Hélène Roussel, prend-elle dans ce travail ?

    Jean-Baptiste Diebold : En raison de ses contraintes, liées à son activité à la matinale de France Inter, elle travaille avec nous à distance, par téléphone et via nos documents partagés sur Google drive. Nous sommes en relation constante avec elle, pour qu’elle puisse suivre toute la construction de l’émission.

    CLEMI : Que pensez-vous des sujets choisis par les jeunes ? Sont-ils des sujets personnels ou fruits de l’ambiance générale ?

    Jean-Baptiste Diebold : Ils sont très sérieux souvent, très imprégnés des actualités difficiles de notre époque, tout particulièrement les attentats ou la question des réfugiés. Les faire aller vers leurs sujets personnels est un peu plus difficile, car ils ont souvent l’impression que les adultes ne s’y intéressent pas ou ne les comprennent pas. Les réseaux sociaux leur permettent de vivre dans un monde inconnu des adultes et tout l’enjeu pour nous est de leur permettre de raconter tout ce qu’ils voient passer sur YouTube, Instagram ou Snapchat.

    CLEMI : De quelle manière les textes du Ministère de l’éducation sur la nécessité d’attirer les adolescents vers les médias d’information ont joué en faveur de T’as tout compris !  ?

    Jean-Baptiste Diebold : Les deux initiatives, celle du ministère de l’Éducation et celle de France télévisions, se sont développées indépendamment et ont fini par se rencontrer. C’est une chance ! Le partenariat signé entre les deux institutions nous aide beaucoup.

    CLEMI : Pourquoi pouvez-vous dire que votre démarche n’est pas artificielle, qu’elle n’est pas une sorte de course derrière les jeunes, loin devant, en termes de nouvelles pratiques médiatiques ? Pour les rattraper ? (J’inclus également les enseignants dans cette démarche…)

    Jean-Baptiste Diebold : Tout simplement parce que ces jeunes sont les lecteurs et spectateurs de demain : d’une manière ou d’une autre, les médias sont déjà en train de changer. Après les journaux papiers, c’est au tour de la télévision de devoir se repenser, du fait de la concurrence de Youtube, par exemple. Aller au devant de leur questionnement permet de les inclure dans cette évolution, plutôt que de voir se développer deux modes d’information séparés.

    CLEMI : Qu’est-ce que des journalistes de télévision pensent des pratiques informationnelles des jeunes ? Vous sentez-vous négligés, remis en cause par eux ?

    Jean-Baptiste Diebold : Pour ma part, leurs pratiques me passionnent car elles permettent d’ouvrir de nouvelles possibilités journalistiques, sans chasser les anciennes en réalité. Notre métier, au fond, reste le même : un artisanat destiné à recueillir les meilleures informations et à les diffuser. Justement cette question de la diffusion est de plus en plus cruciale. Nous voyons bien, en effet, que les habitudes changent et qu’il faut trouver de nouvelles façons d’y répondre.

    CLEMI : Vous avez bien sûr entendu parler de cette ambiance de plomb, malsaine, qu’est la « théorie du complot » parmi les adolescents, les jeunes. Est-ce que dans le cadre de T’as tout compris ! vous avez été confronté à ce problème ?

    Jean-Baptiste Diebold : De manière diffuse, oui, mais violemment, pas tant que ça, finalement. Sans doute parce que les jeunes que nous rencontrons ont été « choisis », par les professeurs, pour leur intérêt déjà manifesté pour les médias…

    CLEMI : Est-ce que dans un autre cadre que celui de ce magazine précis, dans vos activités de professionnel des médias, vous avez été au moins une fois confronté à ce problème-là ?

    Jean-Baptiste Diebold : Je l’ai vu, surtout au moment des attentas, dernièrement après les attentats du 13 novembre, et un peu aussi pour ceux de Bruxelles.

    CLEMI : Quelle(s) solution(s) imaginez-vous possible(s) pour que le monde des médias et le monde de l’éducation éradiquent la contrevérité, les rumeurs désocialisantes des jeunes ?

    Jean-Baptiste Diebold : J’ai l’impression que c’est en les incluant dans la recherche d’information, en leur donnant l’occasion de faire eux-mêmes ce travail, qu’on peut progresser. Récemment sur notre plateau, une jeune fille questionnée sur le reportage qu’elle venait de réaliser, place de la République, a eu cette phrase : « Souvent les médias disent n’importe quoi, mais là, je sais que c’est vrai parce que c’est moi qui ai cherché l’information »…

    CLEMI : Quels conseils donneriez-vous à des adolescents pour bien s’informer ?

    Jean-Baptiste Diebold : De commencer par prendre l’habitude de regarder d’où vient l’information : la source est-elle un grand média, un anonyme ? Et ensuite, il faut tenter de recouper cette information, surtout si elle est surprenante. Ce sont tout simplement les deux principes fondamentaux du journalisme…