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Publié : 17 janvier

Plan national de formation 9-10-11 janvier 2017

Le numérique et l’Éducation aux médias

Le Plan national de formation (PNF) des 9-10-11 janvier s’est tenu à Lyon. Le Clemi y a participé. Voici un compte rendu, parcellaire issu des contributions.

Deux heures de plus
En l’espace de quatre ans, entre 2012 et 2016, les 1-6 ans et les 13-19 ans ont passé deux heures de plus par semaine à consulter des sites internet. Il est question, dans ce compte rendu, de « supports digitaux » adoptés et manipulés par les enfants ou adolescents « millenials »

Déclinaison d’écrans
Les supports « digitaux » n’ont jamais aussi bien porté leur nom. Pour la génération des « milleniaux », la tablette, le smartphone et même l’ordinateur sont presque devenus des prolongements métacarpiens. Et les pré-pubères sont de plus en plus nombreux « à tisser leurs toiles sur le web » .

14 heures par semaine
Lors de la conférence nationale sur les « cultures numériques, éducation aux médias et à l’information », une série d’enquêtes sur la consommation numérique des moins de 20 ans ont été évoquées. En voici quelques enseignements : 14 heures par semaine devant Internet et les écrans qui lui sont dédiés.

Avant même l’âge de raison, les enfants passent en moyenne 4h10 hebdomadaires sur internet. Et pour les 13-19 ans, ce chiffre est multiplié par plus de trois. Cette tranche d’âge consacre en effet 14h10 de sa semaine à surfer sur la Toile. Les 7 à 12 ans sont un peu moins connectés : ils se contentent de 5h40 par semaine. C’est ce qu’a révélé, entre autres, la grande enquête de l’Ipsos "Junior connect 2016", qui se fonde sur 4.700 interviews.

Et la tendance semble irréversible. La fréquentation des écrans s’accélère. En l’espace de quatre ans, entre 2012 et 2016, les 1-6 ans et les 13-19 ans ont passé deux heures de plus par semaine sur Internet.

Les marchands veillent
Aussi, 55% des jeunes, âgés entre 7 et 19 ans, ont déclaré avoir utilisé Internet pour se renseigner sur un potentiel achat. De quoi éveiller les appétits des annonceurs-vendeurs en ligne, puisque les moins de 20 ans représentent un marché de "15,6 millions de personnes", précise Ipsos.

La console multifonction
La console reste un support favori des jeunes, mais pas seulement d’eux.Le support le plus démocratisé est de loin la console de jeu pour les tranches d’âge étudiées. Qu’ils aient 7, 12, 15 ou 19 ans, entre 68 et 69% des enfants sont équipés de consoles. Mais comme la console est d’abord un outil ludique, ces chiffres peuvent ne pas surprendre.
En revanche, les enfants sont de plus en plus nombreux à posséder d’autres outils numériques. En 2016, près d’un cinquième des 7-12 ans avaient un ordinateur personnel et un smartphone. « À partir de la sixième, les parents ont tendance à équiper leurs enfants de téléphones pour pouvoir les joindre à cause des horaires variables », explique Bruno Schmutz, directeur général d’Ipsos connect et co-auteur de l’étude avec le Clemi.

Terminal omnipotent
Pour les adolescents, âgés entre 13 et 19 ans, ces proportions montent respectivement à 68% pour l’ordinateur et 77% pour le téléphone sophistiqué.
Enfin, 34% des 7 à 19 ans ont aussi une tablette, qui voit sa cote de popularité augmenter significativement. En 2013, les jeunes de moins de 20 ans étaient seulement 22% à en posséder et à l’utiliser. Trois ans après, ils sont 70%.
« Par définition, c’est vraiment le terminal omnipotent car il permet l’accès aux jeux, à du contenu vidéo, aux réseaux sociaux et aux moteurs de recherche », précise Bruno Schmutz. "Son ergonomie tactile est aussi très pratique et très intuitive pour les plus jeunes."

La télé n’est plus à la télé
De plus, une multitude d’applications ludiques voire pédagogiques ont été développées sur ces outils, afin de cibler la génération "millenials". "C’est très important que les éditeurs de contenu soient conscients que ce qu’ils produisent est très facilement accessible aux enfants", avertit le directeur général d’Ipsos connect. "Les enfants ne font pas que regarder la TV sur un écran TV", ajoute-t-il.
Hyper-socialisation des « Milleniaux ».

Instagram
Puisqu’il leur est très facile de se connecter, les jeunes sont friands de réseaux sociaux. Pour cette partie de l’enquête, seuls les 13-19 ans ont été interrogés. En seulement un an, certains réseaux sociaux ont réussi à devenir très populaires. Les inscriptions sur Instagram ont par exemple été multipliées par deux. En 2015, 14% des adolescents français avaient un compte, contre 28 % en 2016. "Le développement d’Instagram est à rapporter à l’économie croissante de « signes dans les échanges", poursuit Bruno Schmutz. » C’est la manière la plus simple et instantanée de communiquer, c’est idéal pour un enfant... et même un adulte", renchérit-t-il.

Et You tube ?
Youtube a quant à lui réussi à séduire cette génération en enregistrant une hausse de 14 points pour atteindre 45% d’inscrits chez les 13-19 ans. Près d’un tiers des "millenials" utilisent aussi Twitter, ainsi que Snapchat (29%) et Skype (27%). Facebook reste néanmoins le réseau le plus apprécié avec 77% d’inscrits. Une proportion quasi similaire à l’année précédente (78%).
La nécessité d’une éducation numérique

Pouvoirs publics et parents
Ces chiffres, en perpétuelle augmentation, ne peuvent qu’inciter les pouvoirs publics et les parents à d’avantage vérifier l’utilisation de ces réseaux sociaux par les enfants et les adolescents. Et élaborer une véritable éducation aux nouveaux médias afin d’encadrer, par exemple, la publication de contenus.

De la demande
D’ailleurs, une étude , réalisée cette fois-ci par le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (Clemi), va dans ce sens : 78% des parents souhaitent que soient dispensés en classe des cours d’éducation numérique. Et 56% d’entre eux voudraient même des ateliers médias au sein de l’école et des établissements scolaires.
Enfin, 83% des parents sont favorables à une sensibilisation aux bons et mauvais usages des réseaux sociaux ainsi qu’aux dangers d’internet
Selon le Clemi, "78% des parents souhaitent des cours d’éducation aux médias et à l’information en classe pour leurs enfants . 83% d’entre eux attendent de la part des organismes publics une sensibilisation aux « dangers d’Internet ». Ces statistiques sont issues d’une consultation de 2038 parents que le Clemi annonce pourtant comme non représentative.

Cinq questionnements

Malgré tout, Virginie Sassoon, responsable du Labo au CLEMI précise : « Notre enquête nous a permis d’identifier cinq questionnements communs à tous les parents : 1/comment maîtriser le temps dédié aux écrans en famille ? 2/Comment conseiller ses enfants sur l’usage des réseaux sociaux ? 3/Comment apprendre à ses enfants à s’informer ? 4/Comment protéger ses enfants des images violentes ou pornographiques et en parler avec eux ? 5/Quelles actions, en lien avec l’École et les associations, initier en tant que parent d’élèves sur ces questions ? » Tous ces points devraient faire partie d’un Guide d’Education aux médias et à l’information pour les familles que le Clemi annonce pour mars.

Les digitaux ne le sont pas tous
Qu’on se le dise : « Les Digital Natives n’existent pas ! », c’est Anne Cordier qui le clame haut et fort lors de la conférence nationale “ Cultures Numériques et de l’Éducation aux Médias et à l’Information” Il faut arrêter de véhiculer ce concept de « Digital Natives » (digitaux natifs) et s’intéresser aux pratiques hétérogènes des élèves. Il faut aussi développer la littératie (apprentissage des fondamentaux) numérique en stimulant la curiosité, le plaisir et non la peur du web.

Pas d’aveu honteux de non digitalité
Selon Anne Cordier, cette croyance (popularisée par Marc Prensky) qui est encore largement partagée a un double impact négatif. Les équipes éducatives sont convaincues que les jeunes maîtrisent mieux qu’eux les usages du numérique et considèrent que les élèves n’ont pas besoin d’être formés. L’autre conséquence, et non des moindres, est que les jeunes n’osent pas avouer leur non maîtrise du numérique. Car curieusement, il y en a un bon nombre dans ce cas.

Évaluation de la formation
Cette vision erronée des pratiques informationnelles est vécue comme une injonction par les élèves qui préfèrent s’autocensurer et coller à cette représentation « de natif du numérique expert » qui leur est prêtée. Les travaux d’Anne Cordier permettent de mieux appréhender les pratiques informationnelles et ainsi de mieux former les élèves. Les entretiens qu’elle a menés dans des établissements scolaires du Nord de la France l’ont conduite à la conclusion suivante : le maillon faible des pratiques informationnelles des jeunes est l’évaluation de l’information.

Dédiaboliser Wikipédia
Elle évoque un site web, « Se coucher moins bête », très fréquenté par « des jeunes qui recherchent les informations qui les branchent ». Ce site est considéré comme plus fiable que l’encyclopédie Wikipédia car « les informations ont l’air plus vraies que l’encyclopédie collaborative où n’importe qui peut écrire ». Anne Cordier précise à quel point le dénigrement injustifié de Wikipédia nuit à la réflexion des élèves : « Ce site web est le seul présenté comme non fiable par les jeunes que j’ai interviewés ».
Un autre point important révélé par les déclarations des jeunes interviewés est l’importance du réseau familial : relais du discours de prévention ; imitation de pratiques ; explications techniques en particulier dans les milieux sociaux les plus aisés.

Télé, le média de papa
Dans certains contextes familiaux, le Web bouleverse les phénomènes de socialisation : une forme de rétro-socialisation apparaît. Les jeunes forment/informent leurs parents qui modifient leurs pratiques notamment vis-à-vis des réseaux sociaux.
Les repères médiatiques sont eux aussi bousculés. Anne Cordier note une méfiance des jeunes vis à vis de la télévision (« le média à papa »). Celle- ci est perçue comme un médium du non choix et un outil de lobotomisation des « no life » que sont les « gens coincés devant leur télévision ».

Vive les réseaux sociaux
Les moyens privilégiés pour s’informer sont désormais les réseaux sociaux numériques. On ne recherche pas l’information : elle s’affiche sur le « mur ».
Youtube est devenu le « couteau suisse de la recherche d’information » : une étudiante qui visionne -selon ses envies et besoins- “Enjoy Vloggeurs”, “Cours Seko” pour compléter son cours d’économie ou encore “Hygiène mentale”.

L’outil n’est pas le scénario
Les expériences d’EMI à l’école doivent éviter l’instrumentalisation de l’information et des médias. Anne Cordier insiste sur la nécessité de se prémunir d’une vision technique : les outils servent le scénario pédagogique et non l’inverse
Eviter d’entrer sur l’Internet avec en tête la notion de « danger ».

Ne pas crier au danger
L’entrée par les dangers est à bannir. Pourquoi l’information et les médias font-ils peur ? La diversité, la pluralité de la presse et des médias ne sont-elles pas un atout ? La menace ne serait-elle pas plutôt dans les sociétés où les Etats musèlent les médias et limitent l’accès à l’information ?

Il est trop rare encore de voir l’EMI abordé sous l’angle de la création, du plaisir et de la curiosité : une approche pourtant bien plus professionnelle que celle des « Dangers d’Internet »...

Le prof qui marque
Selon les élèves interviewés par Anne Cordier, créer des projets dans le cadre de l’EMI leur permet de laisser leur empreinte, d’être fier de ce qu’ils font, de ressentir du plaisir à apprendre. Anne Cordier regrette le fait que peu d’enseignants cadrent la formation aux Médias et à l’Information. Les professeurs documentalistes sont parmi les rares enseignants à formaliser l’EMI. Un élève interviewée déclare à propos d’un enseignant documentaliste : « Il m’a aidé à trier l’info, à réfléchir, à nous questionner sur l’information quand on est surchargé par la télé et les réseaux sociaux. Les cours sont très riches et c’est un prof qui m’a marqué.”

Et les parents, sont-ils des “Digital Immigrants” démunis ?
Comment rassurer les parents sur le fait que même s’ils ne sont pas experts, ils peuvent accompagner leurs enfants ? Virginie Sassoon présente un axe d’action du Clemi à ce jour inédit : agir en direction des parents et hors temps scolaire. Une enquête nationale récente (décembre 2016) menée auprès de familles d’élèves (86 entretiens qualitatifs et 2038 questionnaires en ligne) confirme l’attente forte des familles vis-à-vis de l’Ecole. -Quel dialogue et quelles actions initier entre école et associations de parents d’élèves sur ces questions ?

Un guide de survie
Les cinq thèmes vus plus haut vont structurer un guide à destination des parents : Le « guide de survie de la famille Tout-Écran » va miser sur des approches plurielles (apports de sociologues, de pédagogues...) sans un ton moralisateur. Il va éviter de reproduire une approche institutionnelle classique empreinte de jugement et d’injonction. L’approche est inclusive et tente de prendre en compte les transformations de la parentalité. Ce guide de survie sera diffusé en mars 2017, lors de la Semaine de la presse et des médias à l’école.

Le numérique : ennemi ou ami ?
Pour ou contre le numérique ? La question ne se pose même plus : le numérique est là, il constitue désormais notre milieu de vie. La question est désormais bel et bien : le numérique comment ? Que peut en faire l’école pour développer chez tous les élèves des compétences essentielles ? C’est-à-dire informationnelles, réflexives, techniques, créatives, collaboratives … ? En quoi le numérique à son tour est-il alors capable de transformer les pratiques dans la classe ? Quelles seraient-seront les modalités de formation des enseignants, pour former les établissements scolaires avec des équipes pédagogiques largement ouvertes à cela ? Durant le PNF, acteurs, témoins ou experts ont partagé pratiques et réflexions pour aider au final les élèves à se construire comme citoyens du web actifs et critiques, créatifs et responsables.

Pratiques conscientes et responsables
Pour Catherine Becchetti-Bizot, Inspectrice générale de l’éducation nationale, le numérique doit être intégré dans les pratiques non comme une activité supplémentaire. Il s’agit alors d’une manière d’être et de travailler ensemble dans un environnement qui est devenu le quotidien des élèves. Il faut amener les élèves à des pratiques conscientes et responsables. Les enseignants qui innovent revivifient eux-mêmes des pratiques pédagogiques qui se sont sclérosées au fil du temps.

L’apprentissage par la collaboration
En témoigne Yann Houry, professeur de français au collège départemental de Labrit dans l’académie de Bordeaux. Les élèves, traditionnellement invités à ignorer leurs voisins en classe, ici, travaillent ensemble, par exemple autour de la publication en ligne d’articles sur l’encyclopédie Wikipédia. Ils collaborent entre eux, mais interagissent aussi avec l’enseignant et le professeur-documentaliste, et également vec le monde extérieur. L’éducation au travail de groupe, explique Yann Houry, relève d’une éducation citoyenne. Lionel Vighier présente aussi le travail, quasi écologique, mené avec ses collégiens autour des théories complotistes qui polluent le web : analyse de la rhétorique qui les fonde, production de vidéos parodiques, travail en prolongement sur la fiabilité des sources.

Usage des jeux sérieux
Dans un atelier, Pascal Mérriaux, explique des usages de jeux sérieux en histoire-géographie. Il peut être intéressant d’analyser avec les élèves l’idéologie à l’œuvre dans ces nouveaux objets culturels de masse. Des jeux sérieux comme « 2025 exmachina », « L’Isoloir », « Datak », « Isis the end » … peuvent servir de supports pédagogiques à condition que l’enseignant/e joue son rôle : mettre le jeu en contexte, l’intégrer dans la séquence d’apprentissage, observer et analyser pendant le jeu, effectuer un débriefing indispensable.

Webradio
Karen Prévost-Sorbe (Clemi), montre comment mettre en œuvre un projet de webradio : un remarquable outil pour appendre à écrire et parler, une chance aussi pour la pédagogie du détour. Suite à l’objectif ministériel « un media par établissement scolaire », les CPE aussi s’en sont emparés pour faire vivre CVL et CVC. Un projet webradio, est-il souligné, appartient entièrement aux élèves et implique un changement de posture des enseignants.

Faire rentrer la bêtise
Vincent Audebert, IA-IPR de Sciences de la vie et de la Terre dans l’académie de Créteil, nous le rappelle : le numérique est un milieu d’organisation des savoirs, il est désormais notre milieu de vie. À l’École, il faut aménager une circulation authentique, par exemple cette activité invitant à débusquer et analyser les « trolls » dans les commentaires d’articles scientifiques en ligne. On peut faire rentrer la bêtise dans la classe pour déconstruire, pour distinguer croyance, opinion, preuve, savoir …

Métacognition
L’élève doit être capable de métacognition (fait pour une personne de s’interroger sur ses capacités réflexives) : il doit apprendre et comprendre le cheminement du savoir, d’où la nécessité de faire retour sur la démarche accomplie pour se l’approprier. En témoigne le projet des « Savanturiers », qui amène les élèves à adopter une démarche d’explorateurs, de chercheurs, pour au final conscientiser. La rétroaction de l’enseignant est primordiale dans cette étape de « secondarisation » des savoirs, en particulier pour des élèves en difficultés.

Intéracrions-rétroactions
L’enseignant doit aussi avoir un projet pour contrecarrer l’oubli : retrouver de manière régulière les savoirs, les tester de façon répétée. Il y a des injonctions paradoxales du système, souligne aussi Vincent Audebert : on dissuade d’utiliser Wikipedia ou Google traduction alors que tout le monde l’utilise ! Il serait plus judicieux d’acquérir le « bons usages » du copier-coller, par exemple d’utiliser Storify pour apprendre à sélectionner et transférer. L’École est un milieu numérique enrichi : il faut y multiplier les interactions et les rétroactions, en les adaptant aux besoins des élèves.

Évaluer ses articles
A la lumière du projet Wikiconcours, Gilles Sahut, professeur à l’ESPE de Toulouse, abonde en ce sens. L’élève doit se faire chercheur et métachercheur : il doit mener par exemple une réflexion sur la qualité des sources. Le risque est qu’il considère le site comme fiable parce que formellement bien fait. Les effets du Wikiconcours ont été évalués : les élèves ont progressé quant à la compréhension des mécanismes éditoriaux de fabrication des articles, mais pas assez sur la capacité à évaluer la qualité des articles. C’est donc bien qu’il faut prendre le temps de la réflexivité des élèves, voire prévoir un apprentissage explicite.

360°
Christophe Poupet, directeur des ateliers CANOPÉ Berry dans l’académie d’Orléans-Tours, souligne combien il est difficile de trouver l’équilibre entre liberté et guidage : l’enseignant doit baliser des étapes et laisser de la liberté entre ces points. L’enjeu ? Passer d’un film en 2D maîtrisé par le professeur à des films à 360° qui permettent aux élèves de choisir leurs chemins.

Transformer la formation
Une table ronde a amené à partager les regards sur la formation des enseignants à l’EMI et, de manière générale, sur ses possibles évolutions. Nicolas Rocher, IA-IPR d’histoire-géographie dans l’académie de Clermont-Ferrand, présente le MOOC EMI mis en place depuis 3 ans sur la plateforme FUN de l’ENS Cachan. 2/ 3 des inscrits y sont des enseignants. On y orchestre apport de savoir, interactivité, mise en activité individuelle ou collective des participants, jusqu’à aider à faire émerger des projets. Quatre thématiques sont proposées : citoyenneté, sciences, information/désinformation, économie d’internet. Certaines académies ont intégré le MOOC à leur dispositif de formation, initiale ou continue.

Hackathon, Learning by doing
Anne Delannoy, professeure-documentaliste, chargée de mission au rectorat de Toulouse, présente le dispositif original du « hackathon » qui a été expérimenté en formation continue d’enseignants. Il s’agit d’une production collaborative d’enseignants issus de plusieurs disciplines : ils construisent un scénario d’apprentissage en trouvant et fabriquant les ressources nécessaires. Par-delà le scénario produit, le travail développe des compétences d’EMI, informationnelles, numériques et didactiques. Cette approche « learning by doing » en formation montre une volonté d’isomorphisme : il s’agit de soumettre aux enseignants des situations d’apprentissage comparables à celles qu’ils proposent à leurs élèves. Anne Delannoy dégage 4 invariants : 1/la pédagogie active,2/ la prise en compte des usages des enseignants (ce qui suppose de les faire émerger), 3/un retour métacognitif (ce qui implique d’inclure des pauses réflexives), 4/une modification de la posture du formateur (expert disciplinaire, personne-ressource, à l’écoute des besoins, organisateur, évaluateur, garant de la coopération entre participants …).

Équipe pédégogique ressource
Carole Blaszczyck, IA-IPR Etablissements et vie scolaire, présente le dispositif de formation à l’EMI dans l’académie de Bordeaux : 70 formateurs académiques formés, qui forment ensuite les référents EMI (2 par établissements). L’EMI ainsi se construit au sein même des établissements, avec les équipes. Pour Vincent Liquète, professeur à l’ESPE d’Aquitaine, il faut dépasser la question de la ressource pour envisager la question du dispositif, qui réunit des ressources, des techniques, des usages, des intervenants.

Organiser une formation à l’EMI, c’est coordonner des spécialistes du numérique, de l’éducatif, de l’information, etc. Une formation spécifique a été mise en place dans le master MEEF Pédagogie projet numérique. Le professeur-documentaliste est un acteur central pour convoquer les questions numériques : il est une interface, mais l’EMI est un objet à se partager ! Vincent Liquète souligne encore l’intérêt des Travaux Personnels Encadrés en première pour travailler toutes ces compétences : un dispositif essentiel qui s’est pourtant institutionnellement affaibli…

Zététique
Marion Margerit, professeure de mathématiques au collège le Bastion à Carcassonne, présente avec Marie-Hélène Hilaire, professeure-documentaliste, le projet « Enquêtes Z ». Les deux collègues ont suivi une formation à l’EMI faite par Guillemette Reviron autour de la démarche zététique (méthode philosophique qui consiste à rechercher la solution d’un problème en le supposant résolu et en remontant de cette solution jusqu’aux termes initiaux en vérifiant le bien-fondé de chaque étape) de Sophie Mazet, auteure du « Manuel d’autodéfense intellectuelle ».

Il s’agit d’une très intéressante démarche d’enseignement de l’esprit critique. A partir d’une question, par exemple : « Les fantômes existent-ils ? », l’élève est amené à se situer sur une « échelle de vraisemblance ». S’ensuit une étape de documentation et d’investigation pour forger son opinion. L’élève se repositionne alors sur l’échelle de vraisemblance en argumentant. Une possible remise en question doit lui permettre de développer encore son esprit critique. Une quinzaine de professeur/e/s se sont formé/e/s à la démarche, transversale et de nouveaux projets ont émergé, notamment un club d’esprit critique « Enquêtes Z » avec une quinzaine d’élèves volontaires qui produisent des vidéos sur les enquêtes menées.

Hypothèses, protocoles
Marion Margerit donne l’exemple d’une enquête sur « la curiosité de Lauriole » : formulation d’hypothèses, protocole expérimental, conclusion qui vient valider l’hypothèse d’une illusion d’optique. Ou encore un travail autour de la rumeur, de type « téléphone arabe », qui apprend la nécessité de remonter à la source de l’information. Marion Margerit se montre convaincante : cet enseignement doit être une priorité, mais il nécessite une formation.

Le cours fossile
Le numérique est-il susceptible de renouveler la « forme scolaire » elle-même ? Pour Vincent Faillet, professeur de Sciences de la vie et de la terre au lycée Dorian à Paris, tout évolue aujourd’hui, sauf la salle de classe. Fossilisée au 17ème siècle, elle est liée à une pédagogie qui n’est plus celle d’aujourd’hui : comment y pratiquer de la pédagogie coopérative intégrant le numérique ?

6 à 7 tableaux dans la classe
L’espace est à organiser sur le modèle de « pédagogie simultanée » des frères des écoles chrétiennes qui a triomphé au 19ème siècle. La salle de classe de Vincent Faillet, quant à elle, a été remaniée par les élèves eux-mêmes pour un « enseignement mutuel ». Il a suffi de mettre 6-7 tableaux aux murs pour que la salle de classe ne soit plus polarisée sur le maître. Il n’y a plus un maître qui dirige, mais des élèves qui travaillent, et parfois dirigent, se font moniteurs de leurs camarades. Les enseignants changent : ils peuvent aussi, rappelle Vincent Faillet, transformer la salle de classe, sans beaucoup de moyens, pour redonner primauté et pouvoir aux élèves.

Le tiers-lieu ou fablab
Selon Laurent Jeannin, maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise, le changement de mobilier peut entraîner une augmentation des performances des élèves. L’enjeu est bien de pouvoir travailler ensemble dans des espaces conçus pour le faire, comme les « tiers lieux » du genre Fablabs. Antoine Assus, architecte à Montpellier, invite à comprendre comment se construisent les établissements scolaires. Dans les injonctions officielles, la question centrale est celle de l’hygiène ou de la sécurité, non de la pédagogie. Selon Jean-François Cerisier, professeur au labo Technè de l’université de Poitiers, si les objectifs assignés par la société à l’école changent, alors les formes scolaires changeront.

Il faut définir nos interactions avec notre environnement : le rapport à l’information, le rapport aux temps et aux espaces, le rapport de chacun à autrui, le rapport à l’activité, la créativité de chacun. Jean-François Cerisier interroge : n’y a-t-il pas des différences entre les représentations que se font les concepteurs des lieux et la façon dont les étudiants se les approprient ? Comment occupe-t-on et détourne-t-on des espaces qui existent déjà ? Ne faut-il pas envisager aussi la question de l’occupation dans le temps des espaces ?

Aux frontières mouvantes de l’Ecole
Organisé par le CLEMI national, un forum du numérique « Vos enfants, les médias et Internet » prolonge les deux jours de la conférence inscrits au plan national de formation. Une table ronde en particulier permet d’aller voir ce qui se transforme aussi avec le numérique aux frontières de l’école.

Antonin Cois, responsable des politiques territoriales à La Ligue de l’enseignement, souligne le travail entrepris par la Ligue autour de l’EMI, y compris pendant les Temps d’Activités Périscolaires. La tentation est forte d’être dans une attitude défensive : de vouloir prévenir des « dangers d’internet ». Voilà qui est contreproductif d’un point de vue éducatif et démocratique : c’est oublier toutes les promesses de la société numérique. Mieux vaut accompagner des pratiques créatives pour développer une attitude critique et responsable.

Acculturer à l’esprit critique
Pour Kédem Ferré, enseignant d’anglais, formateur DANE, il faut arrêter de pointer les adolescents et leurs pratiques : il y a des pratiques tout court, et des liens sociaux à renforcer. François Morel, directeur de l’Atelier Canopé d’Annecy, invite aussi à ne pas faire peur, mais à s’acculturer à l’esprit critique. Pour Olivier Andrieu-Gérard, coordonnateur Pôle Médias-Usages Numériques à l’UNAF, il faut éviter la rupture avec les parents.

Pendant longtemps, ceux-ci ont été mis à l’écart des politiques d’éducation aux médias et à l’information. Or, révèle une récente enquête, ils demandent fortement à être accompagnés. 83% des parents souhaitent que les institutions sensibilisent les enfants aux « dangers d’internet ».

Tu n’a vraiment pas mieux à faire ?
La difficulté cependant est de les toucher tous. Dorie Bruyas dirige l’association Fréquence écoles qui pour toucher vraiment les familles intervient par des ateliers, des conférences, des expositions interactives, des jeux : il s’agit de créer autour de l’EMI un événement, ludique et participatif, tel que « Super demain ». Elle pose la question des filtres en établissement scolaire : comment former les élèves dans ce contexte hyper-protégé ? Jadis, insiste-t-elle, on portait sur le livre le même regard que celui qu’on porte aujourd’hui sur l’écran : « quel temps perdu ! Tu n’as vraiment pas mieux à faire ? »

La femme de 30-50 ans
Dans ces questions d’usages plus ou moins maitrisés du web, le premier sujet, s’avère être la parentalité : dès qu’on décortique le sujet des écrans avec les familles, on rentre dans d’autres sujets psycho-sociaux plus intimes. Dorie Bruyas raconte : une enquête montre que les ados en difficultés se tournent en priorité vers leurs mères, or les femmes de 35-50 ans constituent la catégorie la moins experte, faute de temps disponible, donc de pratique réelle.

Derrière la connection, il y a quelqu’un
Donnons la parole aux ados ! C’est la demande d’Anne Cordier, maîtresse de conférence à Rouen, auteure de « Grandir Connectés ». Il faut en finir avec les discours stéréotypés portés sur eux : soit ce sont des mutants hyperconnectés, soit ils s’adonnent à des pratiques naïves, irresponsables, sclérosées. En réalité, leurs identités sont fluides et leurs pratiques, multiples. Certes ils sont connectés, mais ils le sont aussi avec les autres « dans le monde réel », d’ailleurs via les réseaux, derrière l’écran, il y a quelqu’un.

Je suis agi versus je suis acteur
L’Ecole n’est-elle pas en train de se laisser envahir par le numérique ? Il y a précisément, répond Anne Cordier, possibilité d’une sensibilisation aux logiques économiques en jeu. Deux postures sont offertes : 1/ soit je suis agi par le système, 2/ soit je suis acteur du système, y compris économique. Dans ce dernier cas, on peut contourner, avoir conscience et alerter, fédérer et résister. Toute innovation technologique produit d’ailleurs de l’utopie et de la contre-utopie.

On y est !
Il n’est plus temps de se demander s’il faut être pour ou contre le numérique : on y est ! Si l’école ne mène pas une véritable éducation en la matière, elle va créer d’inacceptables inégalités de maitrise, d’usage, de réflexion. La question, ce n’est pas pour ou contre, c’est comment. Pour Antonin Cois aussi, l’enjeu par exemple d’une éducation à une conscience critique des algorithmes est presque politique. D’ailleurs il faut dépasser les stéréotypes : il y a actuellement un jeune You Tuber (Accropolis) qui commente les questions d’actualité au gouvernement, avec toute la rhétorique du support choisi.

Dorie Bruyas insiste : l’enjeu, c’est d’entrer dans une posture critique. On peut faire que l’EMI soit un agent subversif pour l’éducation tout court.
Les enfants dès leur plus jeune âge, nous rappelle Anne Cordier, baignent dans un milieu : celui des écrans, en réalité celui de l’écrit, donc d’un sens à déchiffrer et coproduire. Puissent tous les acteurs s’en rendre compte, tant, comme l’a rappelé au final Jean-Louis Durpaire, « l’Ecole n’est pas si numérique que cela », tant « elle a encore besoin de se transformer. »

2038 parents
Il était question, plus haut, d’une enquête menée par le CLemi auprès de jeunes. Mais l’enquête n’a pas vocation à être « représentative » (2038 parents « seulement » ont été interrogés), les résultats montrent toutefois que les attentes des familles vis-à-vis de l’école sont « extrêmement fortes », en termes d’accompagnement.
Enfin, signe peut-être d’un besoin de soutien de certaines familles face à l’infobésité et à la désinformation, 15% des personnes interrogées par le CLEMI souhaitent la création de cours d’EMI… pour les parents.

Un guide
Afin de répondre aux « forts besoins exprimés par les parents », le CLEMI prévoit de diffuser, à l’occasion de la Semaine de la presse et des médias dans l’École, qui aura lieu du 20 au 25 mars 2017, un « guide d’Éducation aux Médias et à l’Information pour les parents ». Ce guide aura pour vocation de « fournir des éclairages utiles et des conseils pratiques » à tous les parents, mais aussi à « l’ensemble des acteurs éducatifs et associatifs intéressés par ces questions ».

Comprennent-ils bien ?
« L’école change avec le numérique », affirme le ministère de l’Éducation nationale. Jusqu’à présent, la société est allée plus vite que l’école. De nombreux enseignants se sentaient démunis face aux nouvelles technologies utilisées – mais pas forcément comprises — par la génération « digitale ».

En lien direct avec le numérique, l’éducation aux médias et à l’information est entrée dans les programmes en 2016. Toutefois, là aussi, les enseignants n’ont pas forcément une bonne connaissance des circuits de production de l’information, ce qui est pourtant indispensable pour exercer une lecture critique.

Selon une enquête réalisée par le Clemi (Centre pour l’éducation aux médias), 80 % des parents attendent de l’école qu’elle « éduque aux médias ». Entre lundi et mercredi, au cours du PNF, 450 personnels de l’éducation nationale, essentiellement basés en région Auvergne-Rhône-Alpes, ont été invités à améliorer leurs connaissances dans ce domaine. Intitulée « cultures numériques, éducation aux médias et à l’information », cette manifestation (tables rondes et ateliers) s’est déroulée à Lyon, en collaboration avec l’Institut français de l’éducation (institut interne à l’École normale supérieure) et le Clemi.

La parentalité augmentable
L’objectif affiché était, notamment, de mettre en lumière des pratiques pédagogiques et des dispositifs développés dans le cadre scolaire. Ces trois jours entrent dans le cadre du plan national de formation du ministère de l’Éducation nationale. Mais il reste encore du chemin à parcourir pour répondre à la principale demande des enseignants : des outils pratiques à utiliser en classe et du temps libéré pour les apprivoiser.
La montée en puissance des pratiques numériques a redéfini les contours de la parentalité et bouleversé les dynamiques familiales. Quelle attitude les parents peuvent-ils adopter face à l’infobésité et à la désinformation ?

Si l’échantillon constitué dans le cadre de cette enquête n’a pas l’ambition d’être représentatif, celle-ci a le mérite d’offrir une vision de terrain sur l’impact des médias et d’Internet dans les vies des familles.

Familles et Éducation aux Médias et à l’Information : des attentes très fortes