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Publié : 9 janvier

La Fabrique de l’information

Les Journalistes et l’idéologie de l’information, Florence Aubenas et Miguel Benasayag. Éditions La Découverte & Syros, Paris, 1999

Florence Aubenas, grand reporter ; Michel Benasayag, philosophe et psychanalyste

PREMIÈRE PARTIE
Introduction

Longtemps, le grand public s’est imaginé que ce qui était écrit dans le journal était vrai. La situation s’est inversée. Les lecteurs suspectent ce qui est écrit ou est dit au JT. L’analyse des taux de lecture et de médiamétrie ont intégré à leurs calculs le critère de suspicion.

Ce changement de perception par l’audience dénote « une modification plus vaste des médias et de leur rôle ». Durant l’après deuxième Guerre Mondiale, la presse avait une fonction révélatoire : dire les « dessous d’une affaire judicaire », les « manipulations cachées d’un régime », le scandale du Watergate étaient œuvre sociale, défense du droit d’expression en démocratie.

Évidemment pas pour les dictatures dont l’analyse des mensonges ou des boucheries ne les faisaient, ne les font pas se réformer. Croyance, cependant, que la révélation change le monde des droits de l’homme. Cette croyance a été renforcée pat l’extension de l’outil internet. La toile était la promesse de la divulgation permanente. Pour les démocraties peut-être, pas pour les dictatures, qui, au contraire mettent en image leurs homicides pour terrifier. Et puis terrifier est un acte de transparence, voire de force pour de tels États.

Les élections sont soumises à la transparence, selon les organismes de droits occidentaux, vis-à-vis des régimes peu fiables, mais évidemment vis-à-vis aussi des démocraties, chez lesquelles financer frauduleusement une campagne électorale est une faute grave. La transparence est le Graal moderne : La presse gendarme les financements illicites.

Selon les deux auteurs, la fonction du journaliste n’est pas de restituer la réalité, mais de la faire entrer en représentation. La presse se codifie, du fait de ses critères d’images, de langage, et de « vérités ». Mais elle ne recherche pas la culpabilité sous une forme idéale, universelle, elle verse dans la communication, ou l’apparence du vrai dans les pires cas.

Malgré une forme de communication, même si elle est décriée, la presse est recherchée. Les organismes, les associations doivent avoir une « couverture médiatique ». De ce fait les médias ne reflèteraient pas la réalité mais fourniraient une représentation par laquelle ils l’ont remplacée. Qui veut « exister » doit être médiatisé.

1/ DU MONDE ET DE SES HABITANTS
La révolution ratée

Comme les « passagers d’un avion fortuitement réunis » pour un vol, pays et continents veulent être réunis dans une représentation circonstancielle nommée les « actualités ». Au lecteur et spectateur, il serait montré une Terre « carrée » au lieu de « ronde » dans des actualités formatées par la communication. Aussi l’audience demande-t-elle si cette « actualité » est pertinente ou si elle n’est pas un choix des journalistes. On cacherait le confidentiel, les grands de ce monde interviendraient pour faire modifier ce que disent d’eux les rédactions. Censure économique, « autocensure idéologique » ?

Les intellectuels estiment que les journalistes n’ont pas à être censurés ou à s’autocensurer dans la mesure où ils appartiennent au même milieu que celui des politiques. Donc pour les journalistes, stratégie subie ou voulue plus généralement. Il n’est qu’à se rappeler que tous les médias ont soutenu les accords européens de Maastricht. « Conjuration », travestissement de la réalité… Le public pense qu’il suffirait de changer les journalistes pour obtenir le « vrai ».

Les auteurs insistent sur le fait que la majorité des journalistes ne copinent pas, ne dînent pas en ville avec les politiques. La presse serait une mécanique fonctionnant selon ses règles et ne serait pas « manœuvrée ». En fait, les différences de lignes éditoriales et des « angles de vue », les polémiques entre rédactions manifestent une liberté de manœuvre.

S’il y a un accord entre les rédactions, il porte sur autre chose : le fait de parler de la même chose. Tous les journaux, tous les JT parlent des mêmes événements, en leur accordant la même importance. Qu’ils apprécient ou non un homme ou une femme politique, tous les journaux parlent de lui ou d’elle. Les médias ne développent pas une « pensée unique » mais « un monde unique ». Le « nuancier » des traitements est large, mais pas le choix des sujets.

Le choix de parler des « personnalités » indique le traitement des mêmes sujets : Bernard Kouchner nommé représentant de l’ONU au Kosovo, Richard Gere visitant les camps de réfugiés, le président de la République dans la tribune lors de la Coupe du monde, un joueur de football à la « garden party de l’Élysée », Lady Di, Michael Jackson etc., tout le monde traite ces événements.

Les médias à qui l’on reprocherait de couvrir les faits et gestes de Lady Di ou Michael Jackson répondraient avec justesse en terme financiers : le lectorat-spectatorat demande que l’on parle de ces people et l’on doit répondre à cette demande. Par ailleurs, beaucoup de médias évoquent ces personnalités, selon des angles sérieux n’ayant rien à voir avec les tabloïds spécialisés.

Outre le fait que les médias traitent des mêmes sujets, des mêmes personnages, le reporter est irréductiblement prisonnier de sa subjectivité, parce que dans une même situation personne ne voit les choses de la même manière. Face à la complexité, à la multiplicité du monde, le journaliste met en avant « sa propre singularité », faisant de son domaine un « journal intime ».

Sévères, les deux auteurs estiment que les journalistes expriment, même dans le traitement d’une catastrophe, des « états d’âme », des « tracas ». Le monde n’est qu’une « toile de fond » : « Le sujet c’est le reporter et le drame qu’il découvre ne servira qu’à mieux le mettre lui-même en scène ». Les petites gens entrent dans la vision du monde qui est proposée, ce sont des « quidams » représentatifs » selon les journalistes. L’information tourne alors à la construction d’histoires, dressées de décors, peuplée de personnages, où la presse elle-même a sa place.

Les journalistes en quête de personnages

Tout comme des prestidigitateurs qui font monter sur scène un ou une spectateur/trice pour créer l’illusion du réel, les journalistes utilisent des personnes du monde spectaculaire qu’ils fabriquent : des petites gens qui ressemblent bien au milieu dont elles sont issues : le chauffeur de bus, le voisin, un jeune artiste, un « chauffeur de taxi irakien »… Un événement produit les « créatures » en adéquation avec lui : un attentat suscite le « pompier héroïque », le « rescapé » etc. ; une manifestation étudiante, lycéenne ? : « le manifestant qui défile pour la première fois », le « leader »…

Dans les rédactions, il serait « commandé » des reportages types : « Il faudrait un professeur en colère contre la réforme scolaire », « une victime des inondations qui estime n’être pas assez remboursée par les assurances ». Le journaliste, par déformation professionnelle, ne part pas « à la découverte de » mais sait d’avance comment il va construire son reportage, son article. Il ne le « trouve » pas, il « trouve ce qu’il cherche ». Cela rappelle le philosophe Althusser : « L’idéologie, c’est quand les réponses précèdent les questions ».

Des journalistes estiment devoir chercher une image : « ne pouvoir exposer que le représentable ». C’est une fabrique d’idéologie qui fait entrer dans le domaine « spectaculaire »

Le journaliste cherche quelqu’un pour « symboliser une situation ». Au lieu d’ouvrir sur cette situation, on la referme sur elle-même et on construit : saynètes de « candidats potentiels ». Les soi-disant candides invités dans des « talk-shows » ou les interviewés ont subi un casting de correspondance à un rôle, une sorte de direction d’acteur (dire cela, de telle façon).

Un « gamin de banlieue » au look pas assez islamiste se voit photoshopé avec une barbe. La seule photo disponible de Makomé (mort dans un commissariat) le montrait avec une bouteille de champagne à la main. Pas compatible avec la situation tragique : « coup de gomme » sur la bouteille, disparue. Le journaliste se dédouane. C’était pour le bien de ce jeune homme, il voulait « améliorer son image ». « Accommodement » avec le réel.

Comme à la télé, ou au cinéma

En 1998, une brigade de gendarmes, dans le souci de bien faire, avait refusé le filmage d’une véritable arrestation et avait proposé à une équipe de tournage d’en créer une fictive : pour le respect de la présomption d’innocence, du droit à la vie privée, le risque de possible dérapage. Qui est responsable de la déréalisation de l’information ? L’équipe de tournage.

Des agences de reportages télévisés vendent des productions à des chaînes d’information. Les coûts de production sont élevés, aussi, dans certains cas, note-t-on l’existence de séquences préachetées par une chaîne. Comme dans la procédure cinématographique, les agences écrivent un synopsis, un scénario de reportage et les soumettent.

Les jeunes de banlieue surjouent leur « rôle » social. Dès qu’une équipe journalistique pointe le nez, c’est roulage de mécanique, bras ou doigt d’honneur, vocabulaire approprié etc. alors qu’avant cette intrusion dans la cité, ils étaient calmes et respectueux de tout et tous. Ils font comme à la télé, voire comme au cinéma.

À Reims, un bus municipal avait été brûlé. Le commissaire de police était réputé être très compréhensif avec les « jeunes » et privilégiait le dialogue. Il interrogea des jeunes sur cet incendie. Réponse : La Haine. Quelle haine et pour qui ? Il fut répondu, la haine de personne, mais celle de Mathieu Kassowitz. Le cinéma…

Dans le Nord, un quartier HLM pose régulièrement problème. Mais quand une équipe de télévision vient, ce ne sont pas les jeunes responsables des méfaits qui interviennent auprès des journalistes. Il y en a un qui est un scénariste quasi professionnel, qui demande de quel type d’émission il s’agit (sujet de JT, documentaire pour quel type de chaîne) et qui opère des castings, fait répéter ses acteurs en langue pour journaliste. Les auteurs parlent de « médiagénie »…

Sans les jeunes des banlieues, celles-ci seraient des « mouroirs », « nul ne viendrait rompre l’isolement ou l’exclusion ». Par ailleurs, le fait que les journalistes viennent auprès de ces jeunes, en sachant quoi tourner, en ignorant plus ou moins que lesdits jeunes jouent un rôle déterminé, ils sont en partie responsables de l’image fournie aux spectateurs de ces endroits : quartiers déshérités, habités par des gens sans emploi, des jeunes déscolarisés, investis dans une économie parallèle. Boucle bouclée et enfermement des jeunes en errance dans l’image qu’on les invite à fournir d’eux.

Face à cette forme de traitement médiatique, des catégories socioprofessionnelles, des catégories d’âge refusent parfois de désigner un représentant, un interlocuteur, capable de fournir une synthèse argumentée susceptible de mener à une réintégration sociale, un dialogue.

Exemple, le rôle de « Tarzan », le « roi des routiers » lors des nombreuses grèves des poids-lourds de 1992. Les JT le mettaient en avant, mais dès que Tarzan a été invité à Matignon, comme interlocuteur, pour entamer un débat constructif, tous les autres routiers l’ont désavoué. Il ne les représentait pas, il était une fabrication télévisuelle. Le personnage en a pâti psychologiquement.

Petits conseils à ceux et celles qui veulent passer dans les médias...

Dans le cas d’une interview, le journaliste sait évidemment mieux que l’interviewé ce que ce dernier doit dire et comment le dire. Il l’a choisi pour cela. Le journaliste sait ce qui convient au « grand public », notion phantasmatique des professionnels des médias selon les auteurs. C’est pire, lorsque ce n’est pas télévisé. Le journaliste devient « narcissique », il est plus volubile que son interviewé, et il finit « par raconter sa vie ».

Les chercheurs, intellectuels, artistes refusent de se couler dans ce moule, refusant de « résumer en quelques minutes des années de recherches ».
Ceux qui souhaitent être médiatisés doivent se faire communicants. Il leur suffit d’observer, d’écouter le journaliste, c’est-à-dire savoir ce qu’il est venu chercher. Ce n’est pas le journaliste qui doit se renseigner sur la personne interviewée, mais le contraire : « Penchez-vous sur lui, potassez sa biographie »… Ne pas l’ennuyer « avec vos préoccupations », le passionner en lui contant « ses lubies ».

Forcément, l’article, le reportage est très pauvre en informations avantageuses sur l’interviewé, même si l’essentiel est dit. Confrontation d’egos. Mais cela ne réduit pas le nombre de gens désireux d’être médiatisés. Pour ceux-là, passer à la télé constituerait une sorte de rite de passage, d’élévation métaphysique. Passage du monde des « invisibles », au monde merveilleux des « visibles » ou connus. Un homme politique, selon les auteurs, douterait de sa propre existence, s’il n’était assuré de son accueil dans la sphère de l’être par un média.

Pour « réussir à tout coup le rite de passage, une voie reste la plus sûre : devenir véritablement menaçant ». Rappel : un informaticien, après un licenciement qu’il pensait dégradant pour lui, entre dans une école de Neuilly et y retient en otage une classe. Il veut rencontrer « le journaliste le plus connu de la plus grande chaîne ». Revendication inopérante, il est abattu par la police. Pour cet homme, le chômage dans le monde de son invisibilité médiatique devait être compensé par une visibilité même criminelle. Hors du spectacle, il n’était pas, il ne pouvait « prétendre à l’épaisseur du fait », le média allait cristalliser son rôle social annulé.

Lors de catastrophes, des familles de victimes se plaignent parfois du traitement médiatique inférieur de leur proche disparu à celui de proches d’autres familles, la télévision assurant la visibilité et du proche disparu et de sa famille en souffrance.

2/ LE TEMPS DES CITADELLES
Petit traité de géographie

Le travail des journalistes est de faire connaître à leurs lecteurs/spectateurs les événements survenant sur Terre. Les journalistes sont chargés d’enquêter sur ces choses que sont les événements et d’en rendre compte de la manière la plus neutre possible.

Mais qu’est-ce qu’un événement ? C’est le fait qu’« une chose se passe » et que ladite chose casse une norme : « la normalité ploie soudain devant un fait qui étonne, détonne par rapport à la règle. » Cependant les oscillations de la règle sont nombreuses et tous les médias réunis ne peuvent rendre compte de l’événementialité terrestre. Un choix, un tri s’opèrent.

Selon la loi de proximité : c’est-à-dire le traitement privilégié de ce qui est « proche » des lecteurs/spectateurs physiquement (mais aussi moralement). Un accident de train à Paris, gare de Lyon, par exemple, sera traité par la presse nationale, plus largement qu’un accident dans la gare de Marseille. Les attentats, les actes de guerre, les faits violents survenant en France seront traités de long en large par rapport à un attentat dans un pays africain.

Proximité et visibilité. Visibilité française dans le cas d’un événement de portée internationale : par exemple la condamnation, en 1999, de la France, par la Cour européenne de justice, à Strasbourg, pour le viol d’un trafiquant de drogue par des policiers, a fait plus de bruit que celle de la Turquie pour un fait similaire. Cette différence de mise en visibilité d’événements comparables traduit une double information tacite. Pour le lecteur la France est un état qui a œuvré pour les Droits de l’homme, tandis que la Turquie serait, en creux, soupçonnée de non-respect de ces droits.

Informer, dans ce cas, c’est opérer une taxinomie et aussi former une opinion publique. Les médias appellent certains sujets, des « sujets décalés », avec une nette différence de statut. Les auteurs donnent l’exemple d’une élection au Japon, événement important en termes de communication. Les reporters, à côté de la politique électorale, tourneront deux sujets de seconde importance, de type touristique : les moines du Fujiyama et les taggers des murs de Tokyo. Les deux éléments sociologiques rendent tacitement importante l’élection.

Le journaliste extrait des éléments du « réel » et énonce des « vérités ». Exemple : le tournage dans un bazar, à l’étranger ; le reporter peut se fixer sur les « étiquettes » des produits vendus ; certes, les étiquettes existent, mais elles risquent de devenir un leurre si le reporter les désigne comme le bazar lui-même. Il y a là le soulignement d’un symbole qui ne représente pas le bazar, ni le bazar lui-même le pays.

D’un point de vue anthropologique la réception du média « vérifie comment l’opinion publique adhère ou se détache des « mythes centraux de la société » ; le reporter à l’étranger, va commencer par une revue de presse des médias locaux pour indiquer ce qui n’est pas « explicitement écrit » du pays et relève d’un « second sens ». Il pointe les « taxinomies cachées ». Exemple : une infirmière danoise a commis des assassinats dans un hospice par cupidité. La presse locale, choquée, parle d’« holocauste ». Le reporter étranger en tire un sens second, le fait que la protection sociale et l’altruisme médical danois sont des valeurs sacrées. Mais quand la presse japonaise ou danoise opère la même lecture sur la société française, les médias français se récrient.

Pourquoi la presse ne parle-t-elle pas de certains sujets ? Cela tient à une « nouvelle loi de la communication » : la presse parle de ce que les gens pensent, disent, quant aux gens, ils pensent et disent ce dont la presse parle. Mais l’inverse fonctionne. Les médias français s’intéressent au Québec (similarité linguistique, des traditions) mais le public ne suit pas

Leçon pratique : comment préparer un sujet pour le JT du 20 heures

Les auteurs se fondent sur un extrait de La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco, où est fabriqué un extraordinaire tiré d’une une réalité sans intérêt :

« Dis, chérie, qu’est-ce que tu as vu aujourd’hui ? / Ce n’est pas la peine, on ne me croira pas. […] Eh bien, j’ai assisté aujourd’hui à une chose extraordinaire, une chose incroyable. / Dis vite, chérie. / […] en allant au marché pour acheter des légumes […] j’ai vu dans la rue, à côté, un monsieur convenablement vêtu, âgé d’une cinquantaine d’années, même pas, qui… / Qui, quoi ? / Eh bien, vous allez dire que j’invente, il avait mis un genou par terre et se tenait penché… / Oooh ! / Si, penché. Je me suis approchée de lui pour voir ce qu’il faisait. / Eh bien ? / Il nouait les lacets de sa chaussure qui étaient défaits. / Fantastique ! […] Si ce n’était pas vous, je ne le croirais pas. »

Ionesco transforme des fragments de la réalité banale, en fait remarquable, par un discours progressif fortement chargé d’émotion et de suspense rhétorique. Il semblerait que les médias ordonnent des éléments disparates, selon une logique d’ensemble, afin d’aboutir à une situation particulière relevant du défaut à la règle événementielle normale.

Le partage du monde

Autrefois le monde était partagé entre deux pôles, engendrant une guerre froide entre les USA et l’URSS. Cette vision géographique macroscopique n’est plus, elle serait composée de « citadelles », c’est-à-dire d’unités de moindre importance (les pays issus de l’éclatement de l’URSS et des empires sous son emprise, ex-Yougoslavie, par exemple).

Selon les auteurs, la structure de la géographie est fractale, formée de composants disjoints, certains autoprotégés en citadelles, d’autres, par pauvreté, devenant no man’s land ; les citadelles se décomposent en villes, les villes en quartiers, les quartiers en appartements. Les citadelles et leurs appartenances mineures ignorent d’où le danger vient ; il n’est plus extérieur et identifiable, il peut être intérieur : drogue, étrangers [migrants dirait-on aujourd’hui], maladies [la Covid], le chômage, la mendicité ou la clochardise. Le danger se nomme « insécurité » : « de la vache folle jusqu’aux attentats ».

Les médias occidentaux reprennent la notion d’insécurité et la division géographique en citadelles riches et no man’s land pauvres. Ces derniers restent en « périphérie » et dans l’obscurité. Ce qui assure le fonctionnement des citadelles n’y fonctionne pas (modes d’élection, manque d’éthique des dirigeants, maladies, maltraitance des femmes, famine). Ce qui se passe dans ces zones obscures peut venir entraver la marche des citadelles. Un attentat sur un site égyptologique touchant des ressortissants des citadelles sera plus médiatisé qu’un attentat dans le centre du Caire.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE