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Publié : 3 septembre 2014

Ignacio Ramonet

L’Explosion du journalisme

Folio Actuel, Editions Galilée-Gallimard, 2011

UN TRAUMATISME D’AMPLEUR

Voilà que « la planète média » souffre d’un traumatisme d’ampleur. Lequel ? On assiste à un « changement radical de tout l’’’écosystème médiatique’’ ». Peut-être à l’extinction pure et simple de la presse écrite ? Le « biotope informationnel » subit de plein fouet l’évolution technologique de la « numérisation ». Le modèle économique est en mutation généralisée, et la « pratique journalistique » relève maintenant d’une « crise systémique ».

Changement de paradigme

Tout est à « reconstruire et réinventer ». Cela ne se limite pas à la presse écrite, mais également à la radio, à la télévision, et pour ce qui est de la télévision, notamment « les chaînes d’information en continu » : leur audience ne « décolle » pas, et les « résultats d’exploitation sont déficitaires ». Les meilleurs journalistes qui y travaillent préfèrent « migr[er] vers le documentaire ». Bref « révolution » et « changement de paradigme ». L’information des pays riches se coupe encore plus de celle des pays pauvres.

Une presse hors âge industriel

Ignacio Ramonet dit que ce phénomène ne va pas mettre fin à la presse. Elle devient « immatérielle » et elle circule. Mais abondamment, perdant son côté « maîtrisé », « corrigé », construit. L’information est délayée en un « fluide » qui « circule en segments ouverts sur la Toile ». Et le web 2.0 complique les choses : par des « commentaires » les destinataires de ces messages complexes, les « webacteurs », en rajoutent. Chacun y va de sa photo, de sa petite vidéo postées, de son petit ajout. Le texte surabondant d’images et sons est une « alchimie des multitudes ». Internet serait « totalisateur ». C’est une logique nouvelle, quittant la « production fordiste de l’âge industriel ».

Quelle est cette nouvelle logique ? Celle de l’information en ligne, lancée « à l’état brut », très approximative, qui va être modifiée sans cesse, à chaque instant. Il s’agit de « work in progress ». C’est une recherche de la « vérité » plutôt qu’un « produit fini ». « Jadis » l’article d’un journaliste passait en Une sur l’avis de son « chef ». Aujourd’hui ce même article est « poussé en Une » parce qu’il est jugé « le plus lu ».

Selon Jeff Jarvis (professeur de journalisme à New York), les « firmes médiatiques » conçoivent Internet comme un média, ce qu’il n’est pas. Il est plutôt « une société, un espace » de connexion généralisée. Face à cette nouvelle économie ont été créés, dans les années 1980, 1990, des groupes multimédias à coups de fusion, « inefficaces ». Pourtant, jamais l’écrit n’a été aussi important : dans la « société des réseaux » les internautes cherchent les contenus des journaux traditionnels passés en ligne et obligés à la gratuité.

L’internaute veut participer

Par exemple, sur deux cents sites américains d’information les plus visités, 67 % sont « traditionnels », le reste revenant aux « agrégateurs » Google Actualités, Yahoo ! Actualités, et les sites « pure players » (journaux uniquement virtuels). En France les sites du Figaro et du Monde sont « consultés par plus de 5 millions de lecteurs ». L’information en ligne cependant est « tributaire des anciens supports » : 80 % des liens sur sites, blogs ou réseaux sociaux renvoient à des « médias traditionnels ». Et Ignacio Ramonet insiste là-dessus, les internautes veulent « à leur tour être lu[s] et écout[és] ». Le récepteur veut se sortir de sa passivité.

Crise d’identité

Les journalistes « en situation de monopole de l’information » sont tirés de leur confort. Ils pensaient constituer une élite. On ne veut plus de leur « pouvoir exclusif d’imposer et de contrôler les débats ». La Toile les « dépouille » de leur aura, et donc de leur identité, car leur identité reposait sur la « supériorité sociale ». Pour un journaliste, désormais, ne pas être sur la Toile et ne pas « se soumettre » à son verdict est tout à fait « impossible ». Alors si tout le monde peut écrire, qui est journaliste, comment définir celui-ci ?

Le journaliste

Un véritable journaliste va chercher l’information sur le terrain, la « vérifie », la « recoupe », la « confirme ». Mais le système repose sur l’instantanéité. Il faut tout savoir sur tout et le plus vite possible. « La vérité n’y gagne pas » (Albert Camus, 1944). Ce qui fait que le bon journaliste n’a plus le temps de travailler correctement. De plus, comme la prolifération entraîne de l’à-peu-près voire des « mensonges », le lecteur suppose que le journalisme de qualité est négligé.

Les internautes s’agrègent

Par ailleurs, les internautes soucieux d’information de qualité, sont susceptibles d’effectuer des recherches et des vérifications : ils démocratisent le rapport à l’information. On a affaire à un « prodsommateur » (prosumers) : un producteur et consommateur d’information. Les internautes sont souvent isolés, mais dans le cas d’information frelatée, les internautes s’agrègent en « organisme vivant pluricellulaire planétaire » beaucoup plus lourd que les « mastodontes » professionnels : les internautes sont 60 millions sur MySpace, 175 millions sur Twitter, 650 millions sur Facebook etc.

L’abrutissement généralisé par la publicité peut se retourner en « élaboration d’une sagesse collective ». Passons-nous d’une « société du spectacle à une société de spectateurs-acteurs » ? Les individus ont un niveau d’éducation élevé par la démocratisation de l’éducation et grâce aux nouveaux outils informatiques, ils acquièrent « des compétences fondamentales ». Selon Rosental C. Alves : « la grande différence entre Google et les médias traditionnels, c’est que Google évolue en fonction des découvertes des utilisateurs. Les médias traditionnels « restent préoccupés par leurs produits ».

Des médias-soleil aux médias-poussières

Nous passons de l’ère des « médias de masse à celle de la masse des médias », ce qui transforme l’espace informationnel : le média-soleil au centre de son système « déterminait la gravitation » autour de lui, mais les poussières d’internautes « éparpillés dans l’ensemble du système » s’agglutinent en « super-plateformes médiatiques géantes ». On passe du « prédateur solitaire » à la stratégie de l’ « essaim ». L’essaim déploie des liens hypertextes en « extensions » infinies. Le médiacentrique devient "je-centrique". L’internaute crée, mélange des textes, des images, des sons qu’il échange, « redistribue ».

Le Blu-ray et l’Ultraviolet

En octobre 2010, le New York Times compte 2,7 millions de lecteurs sur son compte Twitter. Soit trois fois plus d’inscrits que d’exemplaires papier vendus. Les supports se dématérialisent, même le son : le « baladeur numérique iPod et [le] logiciel de lecture et de gestion de bibliothèque multimédia numérique iTunes (firme Apple) » dématérialisent le CD. Effondrement de l’industrie du disque. Pour répliquer les firmes Fox, Paramount, Sony, Universal, Warner, Samsung, Alcatel se regroupent en Digital Entertainment Content Ecosystem pour élaborer le produit « Ultraviolet » qui proposera des contenus audiovisuels en « streaming », sans recours à un support physique.

Des chiffres négatifs

Pour ce qui est de la presse, « aucune stratégie de survie » n’a été prévue, et « les États-Unis sont le pays le plus fortement touché par la crise. Ignacio Ramonet fournit ensuite une masse de chiffres qui illustrent ce phénomène. Nous n’en fournissons que quelques exemples :

-  2008-2009, États-Unis, pour 120 journaux : chute de 11% de la diffusion papier
-  Octobre 2010, Forum mondial des éditeurs de presse de Hambourg, les prévisionnistes ont estimé que dans les cinq années suivantes les ventes de quotidiens chuteraient « de moitié », que 55% des lecteurs iraient sur Internet
-  Entre 2003 et 2008, en Europe, la diffusion mondiale des quotidiens payants s’est effondrée de 7,9 %, 10,6% en Amérique du Nord
-  Pour ce qui est de la France, Le Monde a perdu 25% de ses acheteurs au cours de la précédente décennie, Le Figaro 12,5%, Libération presque 10% etc.

La fin de News Week

Pour réduire les coûts, des journaux baissent leur pagination. Ils commencent par supprimer les suppléments du week-end puis des pages importantes d’analyse. Le célèbre hebdomadaire News Week, symbole de la force du journalisme américain, a, en 2012, décidé de passer sur Internet, car avec le « papier » il perdait de l’argent.

La concurrence des gratuits et des pure players

20 minutes, Direct Matin, Direct Soir font une sévère concurrence au Monde, au Figaro, à Libération, à l’Humanité. Les sites agrégateurs Orange, Yahoo ! Actualités, Google Actualités et les journaux entièrement numériques : Médiapart, Slate, Rue89 (qui a existé seul avant son association avec L’Obs) sont des « cataclysmes »

Les journalistes pressurés

Entre 2008 et 2010, la presse américaine a licencié 25 000 journalistes, en France ce sont aussi des « redressements » des « restructurations ». Les salaires des journalistes sont gelés ou réduits. Journalistes et pigistes voient leurs conditions de travail dégénérer : « Il faut ‘’produire’’ autant, voire plus, avec moins de personnel et tout faire en même temps » (Syndicat général FO journalisme). Il n’est pas rare de faire des journées de 10 heures sans paiement des heures supplémentaires

La fin des reportages ?

Quand on « dégraisse », on impose un traitement moins complet de l’information et la suppression des « correspondants à l’étranger ». Certains types d’articles sont considérés comme « trop chers », « non rentables » : le journalisme d’investigation et les reportages de terrain. John Lloyd, codirecteur du Reuters Institute of study of journalism estime qu’il n’y a pas à s’ « apitoyer » sur la qualité des correspondants, qu’ils sont parachutés en terrain inconnus d’eux et au surplus dangereux, et qu’ils n’apportent pas de « valeur ajoutée ». Selon lui le Boston Globe les a « supprimés » sans que la qualité de l’information s’en ressente...

Le reporter ? Pas déterminant...

En fait, le courrier numérique, les téléphones portables transforment le lien entre les reporters et leurs chefs. Les reporters étaient plus ou moins libres de chercher l’information de manière active et sérieuse. Le chef en question possède des dépêches d’agences, des informations numériques, des chaînes de TV en continu, et il est à même de se rendre compte de la non pertinence des pérégrinations du journaliste en mission. Peu importe la force des témoignages humains sur place, de la compréhension de la culture du pays en question :

« Les rédactions possèdent désormais moins d’autonomie d’analyse. Elles dépendent davantage, en matière de politique internationale, des versions et des ‘’lectures’’ proposées par les autorités officielles ou des intérêts privés. En d’autres termes, la fonction de contre-pouvoir que devraient normalement exercer les journaux indépendants en est diminuée ».

Nivellement

Les points de vue des différentes rédactions s’effacent, se « normalisent ». L’intellectualité collective que doit être une rédaction, communauté hiérarchique avec ses rites de débats internes, se démantèle. Serait-ce l’ « atteinte à l’âme même d’un certain journalisme de qualité ? »

Les nouveaux forçats de l’info

Sur les « sites d’information en ligne », les « journalistes du papier » sont peu à peu remplacés par des « pigistes d’abattage », aussi surexploités. Selon Xavier Ternisien qui sont ces nouveaux forçats ? :

« Moyenne d’âge : 30 ans. Le tient blafard des ‘’geeks’’, ces passionnés d’ordinateur qui passent leur temps devant l’écran […] Ils enchaînent les journées de douze heures, les permanences le week-end ou la nuit »

Bien qu’ayant fait des études plus longues que leurs aînés, ayant « une expertise en matière d’Internet », ils sont en contrat précaire, à bas salaire. Mais ils sont ambitieux : « […] ils ont deux convictions fortes : il y a toujours eu des ‘’esclaves de l’info’’, mais l’avenir du journalisme leur appartient ».

ÉROSION DE LA CRÉDIBILITÉ DES MÉDIAS ?

L’Internet est un facteur d’évolution, mais est-il le seul ? Non, il y a la « crise économique globale ». Comme la ressource de la publicité baisse, s’est ajoutée à cela la crise de 2008 ,qui amène une « marchandisation » de l’information, une spéculation financière » sous la forme de l’entrée en bourse et du fait de sa toxicité la « fuite en avant » des « fusions et des concentrations ».

Informer ou communiquer ?

Autre mutation également, venant du lectorat : le lecteur devient infidèle à un titre : « La lecture régulière d’un journal conférait au lecteur sa propre identité politique. Ce n’est plus le cas, les journaux, ratissant large, rendent leur « ligne éditoriale » floue, « brouillée ». On peut noter aussi la « confusion permanente » entre information et communication. : cela « consiste à diffuser des messages complaisants et louangeurs en faveur des entreprises qui les commandent ». Le journaliste informe, le communicant valorise. Le lecteur n’aime pas que les journaux « appartiennent à une poignée d’oligarques contrôlant déjà largement le pouvoir économique et qui sont souvent en connivence avec les pouvoirs politiques. »

Balzac s’était déjà exprimé là-dessus, au XIXe siècle :

« Quand un homme d’affaire achète un journal c’est soit pour défendre un système politique au triomphe duquel il est intéressé, soit pour devenir lui-même un homme politique en se faisant redouter ».

Concentration excessive

Cinq groupes seulement dominent le secteur de la presse française grand public : Hachette-Lagardère, Prisma Presse, Mondadori France, Bayard Presse et l’Express-L’Expansion. En presse quotidienne nationale on compte trois mastodontes : Figaro Socpresse, Groupe Amaury ( Le Parisien, L’Equipe) et le groupe Le Monde.

Il est évident que cette « concentration porte atteinte au pluralisme. Un oligarque de droite parlant de son ingérence dans la rédaction de son quotidien estime qu’un journal « permet de faire passer un certain nombre d’idées saines ». En juillet 2004, l’un des dirigeants de TF1, dit que le rôle de la chaîne « c’est d’aider Coca-Cola à vendre son produit. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ». Peut-être que la phrase a été prononcée dans un contexte de plaisanterie, de blague cynique, mais le public a trouvé contradictoire « l’obsession commerciale et l’éthique de l’information ».

Les « conflits d’intérêts » naissent de ce que les médias sont cotés en bourse. Dès lors la politique des actionnaires vient brouiller voire empêcher la politique éditoriale originelle. Par exemple : « un cinquième des membres des conseils d’administration des mille principales entreprises américaines siège également à la direction des plus grands médias ».

Les grands journalistes, personnages « hors sol »

Il existe des « journalistes dominants », une « catégorie professionnelle et sociale » perçue comme éloignée du réel, « en complicité permanente », « en consanguinité » avec « la classe politique elle-même désavouée ». Selon Ignacio Ramonet la France présente, en Europe, un taux d’endogamie journalisme-politique élevé avec des couples d’hommes politiques dont les épouses sont journalistes. Ces journalistes, selon Serge Halimi, sont omniprésents et seraient à même de faire régner une « loi du silence », respectée par les journalistes intermédiaires en crainte du chômage.

La censure « démocratique »

Les citoyens, doués de lucidité, s’aperçoivent de ces « nouveaux dangers ». Bien que vivant dans une société « surmédiatisée », il se sentent « en état d’insécurité informationnelle ». La « prolifération » occasionne l’absence de « fiabilité ». Ils craignent la « censure » malgré les démocraties dans lesquelles ils vivent. Le flux informationnel serait chargé de cacher l’information importante, « occultée ». Le citoyen « bourré d’informations » pourrait devenir « ignorant ».

Réactifs, pas méditatifs

L’information perd également en qualité car elle devient divertissement, par une « mise en scène ». Les nouveaux journalistes auraient tendance à « accorder surtout du temps à la diffusion des dépêches plutôt qu’à la recherche d’informations ou à la réflexion ». Plus « réactifs » mais moins « méditatifs ». Attirés par l’événement sans analyser son « contexte ».

Pourquoi ? C’est qu’il faut aller vite : « l’obsession de la rapidité, de l’immédiateté […] conduit les médias à multiplier les erreurs, à confondre fréquemment les rumeurs et les faits vérifiés ». Le lecteur moderne de l’information numérique multi-supports et multitâches est éloigné de la réflexion et de la concentration. Dans l’ « hypertexte bariolé » le lecteur avalerait de la masse informationnelle sans l’approfondir. Internet incite « à survoler des textes courts » sur des « thèmes multiples » se renvoyant les uns aux autres, et s’ils renvoient à des textes plus longs, ces derniers sont abandonnés très vite.

Le quatrième pouvoir meurt-il ?

Qu’est-ce que cela veut dire ? : « Il faut se souvenir que, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, la presse et les médias ont constitué, au sein des démocraties, le recours des citoyens contre les abus des trois pouvoirs traditionnels (législatif, exécutif et judiciaire) qui peuvent faillir et commettre des erreurs. » Mais dans nos démocraties (avec des « lois votées démocratiquement », des « gouvernements issus du suffrage universel » et une « une justice indépendante ») des abus peuvent survenir.

Il arrive ainsi que des gouvernements mettent en œuvre des « politiques discriminatoires » dans des « segments de la population ». Dans des démocraties d’Amérique latine, des journalistes ont payé cher la dénonciation de violations de droits. Le quatrième pouvoir, la presse, qui s’appuie sur une part importante de l’ « opinion publique » mécontente, existe-t-il toujours ? Il semblerait que depuis une vingtaine d’années (accélération de la mondialisation) le quatrième pouvoir ait perdu sa fonction, celle de « contre-pouvoir »

Une seule sphère

Quelle unicité ? Le « pouvoir véritable » serait détenu par un « faisceau de groupes économiques et financiers planétaires et d’entreprises globales plus important que celui des États ». Sur la base de ce pouvoir globalisé, le numérique a opéré une révolution sur les « trois formes traditionnelles de la communication : le son, l’écrit, l’image ». Cela a abouti à un « quatrième mode », le web multi-supports. Les entreprises médiatiques « cherchent à rassembler en leur sein » : « […] édition, photographie, presse, radio, cinéma, télévision, Internet. »

L’espace des trois sphères

Mais pas seulement. Il y a également volonté de posséder « les activités de trois grandes sphères : la culture de masse, la communication (« publicité, marketing, propagande, la rhétorique de persuasion ») et l’information (« agences de presse, radios, télévisions, certaines en continu, les blogs, bref, l’univers de tous les journalismes ».) Les trois sphères désormais s’imbriquent en une sphère unique absorbée par l’Internet. Ces entreprises médiatiques d’un nouveau genre sont productrices de « symboles » [ou de culture] couvrant tous les loisirs des destinataires (« cinéma, dessin animé, jeux vidéo, CD musicaux, DVD, éditions, sites web, villages de loisirs (genre Disneyland), sports-spectacles »).

Big citizens

Mais il existe d’autres mastodontes en leur genre : les « géants de la Toile » comme Google, Yahoo !, ou Facebook). Ils présentent un « avantage décisif ». Ils sont « nés dans le nouvel écosystème et sont beaucoup mieux adaptés à un environnement dont le Web est l’oxygène ». Ce n’est plus le temps de Citizen Kane mais des Big citizens.

Une matière première stratégique

La communication sous-tendue par l’ « informatique », l’ « électronique » et la « téléphonie » est la matière première dont s’emparent les mastodontes. Le chiffre d’affaires de ces « industries de la communication » était d’environ 1000 milliards d’euros en 1995, et passait à 3000 milliards en 2010. Soit 15% du PIB mondial. La mondialisation passe par la mondialisation des médias de masse. Et là, Ignacio Ramonet de citer une liste internationale de créateurs informatiques, éloignés des médias a priori, mais qui les phagocytent cependant. Ces colosses ne se revendiquent pas comme quatrième pouvoir correcteur de supposés dysfonctionnements de la démocratie à leurs yeux, ils s’ajoutent aux autres pouvoirs dominants.

Guerres médiatiques

Comment résister à cette offensive ? se demande Ignacio Ramonet. Établir la notion d’un cinquième pouvoir dont la fonction serait de dénoncer les précédents. Dans quatre pays d’Amérique latine, les pouvoirs conservateurs ont été battus par les urnes, démocratiquement, aussi de puissants groupes de presse ont-ils lancé « une véritable ‘’guerre médiatique’’ contre la légitimité des nouveaux présidents ». Aux États-Unis, la victoire de Barack Obama a suscité des « offensives de haine », fondées quelquefois sur rumeurs et mensonges. Il semblerait que les grands groupes médiatiques, qui en auraient après un gouvernement, ne se contenteraient pas de leur médiaticité mais chercheraient à être des « appareils idéologiques de la mondialisation », à devenir en quelque sorte des « partis politiques » d’une autre forme.

L’information contaminée

« En raison de son explosion » [d’où le titre de l’ouvrage], le monde surabondant de l’information « contamine » celle-ci « par les rumeurs, les déformations, les distorsions, les manipulations ». Ignatio Ramonet établit une analogie entre la contamination de l’agriculture depuis les années 1950 (pesticides, vache folle) et l’information. L’éthique de l’information relèverait d’une « écologie de l’information ».

Moins et mieux d’infos

La solution proposée ? Réclamer « la décroissance de son volume. Moins d’infos, mais mieux d’infos ». Les médias auraient intérêt à fournir des « produits issus de l’information vérifiée ». La confusion est à la base du système actuel : les grands groupes font prévaloir la « liberté d’entreprise » sur la « liberté d’expression », ce qui n’est pas la même chose : « la liberté des médias n’est que l’extension de la liberté collective d’expression, fondement de la démocratie. » Dans les États de droit, le seul pouvoir sans contre-pouvoir est devenu celui des médias, ce qui « crée un déséquilibre dommageable ».

« SERIAL BIDONNEURS »

« Les faits sont sacrés, l’opinion est libre », est la consigne que les mauvais journalistes ou patrons de presse ont corrigée en l’inversant. Seule leur opinion serait-elle sacrée ? L’auteur estime que beaucoup de journalistes se fondent sur leurs opinions qu’ils n’ « étayent » pas. Ce qui peut amener une déformation des faits. Les « bidonnages » ne cesseraient pas d’augmenter. Aux États-Unis, un journaliste du sérieux New York Times a avancé des faits, qui se sont révélés faux, ensuite : il a été contraint à la démission ainsi que deux de ses supérieurs hiérarchiques. A l’USA Today, le reporter le plus « célèbre » écrivait des récits très suivis, haletants. Sauf qu’il les inventait. Un exemple : il se serait trouvé dans une pizzeria à Jérusalem, dans lequel une bombe aurait explosé, provocant la destruction des lieux et des corps. Il en serait sorti indemne.

Intoxication sur l’Irak

Beaucoup de journaux anglo-saxons ont écrit que l’Irak de Sadam Hussein cachait des armes de destruction massive (chimique, bactériologique voire nucléiaire) en relation étroite avec les chefs d’état-major et les hommes politiques de certains pays. Aucune information n’était « sourcée » convenablement, elle n’émanait que de source institutionnelle qui « communiquait ». L’on sait ensuite la défiance que cela a occasionné auprès des opinions publiques, une fois la réalité dévoilée. Au Royaume-Uni, la BBC, qui a toujours maintenu un discours mesuré, se voyait vilipendée par les autorités. Un désamour entre lecteurs et les journaux payants ayant fait défaut s’est installé. Ignacio Ramonet parle de presse au bord du précipice qui n’arrive pas à garder ses lecteurs, certes, mais pas seulement pour « bidonnage ».

INNOVATIONS ET REUSSITES

Un journalisme à but non lucratif

« Dans des niches du web » des sites d’information cherchent à se spécialiser. Le ’’nonprofit news’’ est aidé par des mécènes, des fondations ou des dons versés par des citoyens (crowdfunding) soucieux de préserver une « information indépendante ». Par exemple, le Voice of San Diego est « géré par une douzaine de salariés dont la moitié sont des journalistes. » Il a été créé en 2005, il fonctionne avec un budget de 750 000 euros pas an, avec 100 000 visiteurs uniques par mois. Le site se focalise sur la qualité de vie et de l’environnement de la commune.

Concentration non lucrative

En novembre 2009, le Texas Tribune a été lancé par un mécène « alarmé par la disparition du journalisme d’investigation indépendant ». C’est pour lui « un bien public ». Une vingtaine de ces sites « se sont regroupés au sein du réseau Investigate News Network » afin de collecter des fonds auprès d’autres mécènes. Il s’agit là de « concentration » non lucrative. Les fondateurs et les journalistes créateurs de ces organes pensent que « pour l’instant […] le web ouvert reste la gratuité et que les internautes, hostiles à une culture de la marchandise, ne sont pas encore disposés à payer pour accéder à des sites d’information. » Il est à noter que Media Part, en France, a opté pour le « péage » et se porte plutôt bien.

Le Huffington Post

Une tendance du journalisme du Net est de faire collaborer sur un même site « le travail de journalistes professionnels, d’experts, et des apports participatifs de blogueurs et d’internautes ». Rue89 a offert également une structure à « trois voix » : journalistes, experts et internautes participatifs. C’est en 2005 qu’est né le Huffington Post (créé par Arianna Huffington) un « agrégateur » dont le contenu recense des informations en continu, des alertes, des dépêches, des articles mais « puisés à diverses sources ». Quelques chroniques de spécialistes connus sont spécialement écrites pour lui ainsi que le fruit de blogs, de contributions (textuelles, sonores, imagées).

Le Hufpost : des people qui parlent, de l’humour potache

Certains blogueurs sont « célèbres (Hillary Clinton, Michael Moore, John Kerry, Nancy Pelosi) » mais aussi des acteurs, des gens du show-biz . Il a la particularité d’une « judicieuse stratégie de référencement, une technique qui permet d’apparaître en bonne place dans les moteurs de recherche, notamment Google, en publiant des contenus avec des mots clés très recherchés par les internautes ». Il faut ajouter à cela les « titres des articles […] souvent ironiques », à « double sens », sexuel, scatologique, avec un humour people potache. Il a un succès mondial, a capté beaucoup d’annonceurs publicitaires, il est au « deuxième rang dans le classement des sites d’information américains ». AOL l’a acheté pour 315 millions de dollars en 2011.

Aspirateur de contenus

Mais le « Hufpost » est critiqué car « il propose moins d’informations que d’opinions. » Selon Ignacio Ramonet, l’opinion est « ce qui compte le moins cher à produire : pas de « reportages » ou d’ « enquêtes » coûteuses sur le terrain. Et son problème majeur est d’aspirer les contenus de ce qui l’entoure. Il agrège pour ne pas dire emprunte beaucoup en renvoyant vers des liens hypertextes. Cela soulève le droit de la citation.

In extenso...

Ce sont des articles entiers qui sont pris : les débuts, qui peuvent suffire à certains lecteurs, mais aussi la suite et la fin dans le journal « aspiré » vers lequel les lecteurs ne vont pas forcément. Bill Keller (New York Times « site web le plus fréquenté au monde » en termes de presse) estime que la reproduction des articles est « in extenso […] au point que nul n’a besoin de cliquer sur le lien de notre site ».

Le feuilleton du Capitole

Autre succès : Polito.com. C’est un site lancé par le « magnat conservateur des médias, Robert Allbritton ». Il s’est spécialisé « sur l’actualité du congrès et de la Maison Blanche à Washington. » Il a été renforcé par des blogs de politiciens célèbres, les « reportages en temps réel à l’intérieur même du Congrès, par les interventions des citoyens qui s’adressent directement aux parlementaires ». Il a « transformé le Capitole en un petit Hollywood de la politique : les manœuvres, les coups bas, les promotions fulgurantes, les mensonges… » Sa rubrique Politico 44 est un véritable journal intime, minute par minute, du président Obama. » Par ailleurs, tout y va très vite, les informations sont « désormais périmées en à peine vingt minutes… »

UN JOURNALISME DE BASES DE DONNEES

Qu’est-ce que le « data base journalism » ? C’est le fait pour un journaliste de « rechercher et d’accéder instantanément à des stocks d’informations constitués par des institutions publiques ou privées ». Comme « les faits sont sacrés » en journalisme, les investigateurs essaient de « découvrir d’importantes informations passées inaperçues ou délibérément occultées ».

Ce n’est pas un nouveau journalisme, selon Alain Joannès, il s’agit « d’un traitement de l’information avec les outils d’aujourd’hui et pour des audiences actuelles ». On exploite « chiffres », « statistiques », « fonds cartographiques » de manière méthodique pour « mettre en scène [d]es résultats » : « mettre en évidence des faits et apporter des preuves ». Ces données sont soumises à des « logiciels puissants » qui les traduisent en discours suscitant un grand intérêt chez les internautes.

Le Data center du Cincinnati Enquirer génère des milliers et millions de pages en ligne dressant des « catalogues » de données locales : « liste des crimes par quartier », des « délinquants sexuels locaux », « liste des salaires des employés fédéraux » et même « la liste des boîtes de croquettes pour chien rappelées par leur fabricant ».

En Europe, cela pose problème. Selon la législation, les fonctionnaires qui « fuiteraient » des informations quitteraient leur « devoir de réserve ». Cependant, la mairie de Paris a mis « à la disposition de tous et gratuitement des ‘’millions de données’’ ». Les États estiment nécessaires « des dynamiques de régulation » car la « transparence pose […] des problèmes délicats de respect de la vie privée, de délation, de divulgation du nom d’auteurs de délits prescrits ou de diffusion d’informations considérées par les autorités officielles comme des ‘’secrets d’État’’ ».

Le cas Wikileaks, un tremblement de terre…

Wikileaks est « le plus célèbre des sites de diffusion d’informations confidentielles, ‘’fuitées » » de bases de données ». Les États-Unis en ont fait les frais. Son existence fait débat : est-ce que Julian Assange (son créateur) a fait « avancer ou non la cause de la presse libre » ? En effet, le site a mis en ligne des milliers de rapports secrets de type militaire ou diplomatique sur l’intervention des États-Unis en Iran puis en Afghanistan. Julian Assange estime devoir conserver le secret de ses sources, souvent proches des pouvoirs des États-Unis mais aussi d’ailleurs. Quelle est sa philosophie ?

Elle tient en trois raisons :

- « La première, c’est la mort de la société civile à l’échelle mondiale » à cause des flux financiers parfois toxiques sans sanctions politique ni morale
- « La deuxième, c’est l’existence d’un gigantesque État sécuritaire occulte » qui espionne les particuliers partout dans le monde. Le fuitage sert à contrer cet espionnage à grande échelle
- « La troisième, c’est le désastre des médias internationaux », soit manipulés, soit mis dans l’incapacité d’informer correctement.

Pour Julian Assange, le déni d’information, ce sont les récits des guerres effectués par les médias : « manque de questionnement », « absence d’intégrité ». Pour Wikileaks les démocraties dotées de bons organes de presse ne doivent rien cacher. Le site demande aux internautes de fournir des données confidentielles « dont il se charge de vérifier l’authenticité ». Une vingtaine de collaborateurs travaillent à temps plein avec « 800 collaborateurs (journalistes, juristes, informaticiens) bénévoles ». Le site « vit des dons des internautes, des fondations » mais sans recours aux aides d’état ou publicitaires. En 2009, il est récompensé par Amnisty International.

Quelles sont été les grosses affaires dévoilées ? :

- Diffusion de documents d’une banque suisse spécialisée dans l’évasion fiscale de clients internationaux
- Diffusion du « manuel de procédure pénale […] dans le bagne de Guantanamo »
- Diffusion des messages électroniques des victimes des deux tours jumelles de New York le 11 septembre 2001
- Documents de faillite bancaire frauduleuse
- Protocoles secrets de l’église de scientologie
- Documents secrets d’une société de traitement de déchets chimiques dangereux acheminés vers des décharges ivoiriennes, près de quartiers habités etc.

Assange est-il le diable ?

Il semblerait que les États-Unis le considèrent comme un ennemi public. Et des commentateurs le tiennent pour un « receleur ». En fait, des journaux fondés sur l’éthique estiment que les contributions de Wikileaks sont « fondamentales à une meilleure connaissance de dossiers décisifs ». En démocratie la diffusion de tels documents peut « prendre le pas sur d’autres droits s’il est avéré que les informations rendues publiques sont d’intérêt général ». Il n’y a jamais eu de « poursuites judiciaires » sur le fond des informations révélées.

Révéler, oui, mais sans nuire…

Assange a eu le souci « de ne pas nuire à des individus cités par les documents ». Pas question de poster directement sur le Web les dossiers reçus mais les transmettre à plusieurs journaux internationaux chargés de vérifier les faits (dont le Monde en France). Il s’est alors constitué de fait une « cellule multinationale de 120 journalistes spécialisés qui, plusieurs semaines durant, a classé, analysé, vérifié, contextualisé et hiérarchisé les messages bruts ». Wikileaks ne se considère pas comme un système journalistique mais tient à protéger le secret de ses sources avec les journalistes associés.

Le cas Water Gate

En « matière judiciaire, toute enquête constituée au moyen d’actes illégaux ne peut être soumise à la justice, il n’en va pas de même pour les médias devant un tribunal de l’opinion publique ». En témoigne la célèbre affaire du Water Gate dans laquelle le numéro 2 du FBI, se faisant appeler « Gorge profonde » a dérobé et fourni des informations secrètes à deux journalistes (Bernstein et Woodward), insensibles à l’intimidation.

Le mouvement Anonymous, comptant des milliers d’internautes, n’a pas effectué de sit-in ou de manifestations dans les rues, pour contrer les attaques contre Wikileaks et lui soutirer ses sources, mais a saturé de requêtes les sites toxiques pour la démocratie. Un pays comme l’Islande a établi en juin 2010 une « loi qui offre aux journalistes et aux éditeurs une des protections les plus importantes du monde en matière de liberté d’expression, de journalisme d’investigation et de médias en ligne. »

Alliances toxiques

Ignacio Ramonet évoque des affaires françaises, espagnoles, moyen-orientales que nous ne précisons pas [pour cause de sensibilité] dans lesquelles l’état et des médias non consciencieux ont travesti la réalité de manière non démocratique. Elles ont fini pas être éclaircies, mais beaucoup d’autres ne l’ont pas été : « Toutes ces affaires, ainsi que l’alliance de plus en plus étroite avec les pouvoirs économique et politique, ont causé un tort dévastateur à la crédibilité des médias ».

Existe-t-il des modèles « rentables » ?

Les sites d’information gratuite, qui vampirisent le travail sérieux et peu rémunérateur des journalistes de presse écrite, sont-ils « moraux » ? Ces sites publient des articles non écrits par eux et les font voisiner avec de la publicité à « cliquer ». L’information est traitée comme produit co-cliquable et non comme information à part entière.

Le magazine Forbes n’hésite pas à truffer ses textes de termes clés générant des fenêtres intrusives. Les journalistes ignorent quels « mots on été achetés par les annonceurs » ou sont contraints d’en user dans leurs écrits. Pour l’heure les tarifs publicitaires des « grands journaux » en ligne [et non pas des agrégateurs « robots »] ne suffisent pas à les faire vivre. Et à côté des vrais sites d’information, ce sont les moteurs (Google, Yahoo !, YouTube) qui jouent ce rôle auprès d’un très large public.

Si l’information n’est pas vue sur ces moteurs, elle n’existe pas ou presque pas. On peut considérer qu’il y a un détournement de l’attention, qui à terme constitue une « occultation » par invisibilité ou peut-être censure. Neuf universités américaines liées dans la dynamique Ptoject Censored établissent « chaque année la liste des vingt-cinq informations les plus censurées dans les grands médias américains ». Peter Philips, l’un des responsables, estime que le souci de ces sites problématiques n’est pas de dire vrai ou faux mais de créer de l’émotion, rendant incapable de décrypter le monde, dans un « sentiment d’hyperréalité » [ou cyberréalité par renvoi de texte en texte criblés de publicités].

Faire à nouveau payer ?

Les journaux cherchent désespérément un nouveau modèle remplaçant l’ancien, dévasté. Écrire de la bonne information numérique gratuitement ou avec de la publicité qui se raréfie hors les « moteurs » n’est pas possible. Il faut revenir au « système de péage » : un site à micro-paiement pour approfondir les articles parcellaires en accroche.

Profiler l’internaute

Un ancien rédacteur en chef du Times, devenu directeur d’une école de journalisme londonnienne, pense que le Times « pose les fondations d’une audience qualifiée et se constitue des bases de données. Beaucoup de gens considèrent que le futur de l’information en ligne reposera sur de plus faibles audiences ». Les internautes seront ciblés : parcours de consultation, goûts. Car un internaute qui vient sur un site d’information en n’y restant que quelques minutes ne fait rien gagner au journal.

Mixité : gratuit / payant

Selon une enquête (Pew Research Center), 19% des internautes sont prêts à payer pour accéder à de la bonne information en ligne : « contenus », « informations uniques, rares », « analyses qui apportent une valeur ajoutée ». L’ère du gratuit toucherait à sa fin. On va vers la mixité : gratuit / payant (freemium). En France, c’est ce qu’ont choisi : 1) Le Monde : « des articles en ligne […] sont réservés à ses abonnés au support papier ou aux abonnés premium (100% numérique) ».2) Libération, Le Figaro s’y sont lancés. Cela n’a pourtant pas marché pour El Pais : « effondrement massif de son audience sur le Web ». Autre moyen : le « premier clic » est gratuit, mais il faut payer pour les autres. Les internautes qui viennent des « moteurs » découvrent le journal. [Mais après ?]

Google absorbe puis attaque

Dans plusieurs pays, « les éditeurs de presse généraliste demandent à être rémunérés par Google en échange de l’utilisation de leurs contenus. Le groupe américain s’y refuse et menace de ne plus référencer la presse de ces pays (France et Allemagne notamment) ». Redoutable. En 2012, Google « apportait 40% des visites des sites de médias français ».

L’Ipad, un sauveur ?

Des journaux papier ont estimé que l’usage de la tablette tactile mieux que le smartphone offre une surface suffisante pour du texte illustré son/image. Le milliardaire Richard Bronson (Virgin Group) a lancé Project, en 2010, un magazine payant offrant « un mois entier de contenus actualisés […] avec des rubriques tendance ». Rupert Murdoch propose sur Ipad The Daily, application pour tablette téléchargeable sur App Store, du même genre, mais avec des « prix agressifs ». Ces deux « journaux » immatériels ne sont ni sur papier, ni sur Internet. C’est une troisième version. Quel en est l’avenir ?

Les « fermes de contenu »

Yahoo ! a créé en 2010 The Upshot, un média dont les sujets « ne sont plus déterminés par des journalistes mais uniquement par les statistiques de recherche des internautes sur l‘ensemble du réseau Yahoo ! » Le moteur propose des « contenus low cost ». Le peu de salariés « pass[e] en revue plus de 50 000 articles, images, sons et vidéos proposés chaque mois par 30 000 contributeurs indépendants ».

C’est une « massification planétaire du travail à la pige ». Ces plateformes sont appelées « fermes de contenus » ou « usines à infos ». Ces documents à tarif réduit sont achetés par des sociétés, des sites internet, des magazines et des groupes de presse, des firmes souhaitant augmenter leur « audience naturelle ». Les piges sont payées aux contributeurs de 5 à 300 dollars en fonction de l’ampleur du produit. La « ferme » d’origine italienne Populis, en Europe, propose à ses contributeurs de ne les payer qu’au clic. Certes, les contributeurs écrivent correctement et sont passionnés par leur sujet. Mais peut-on s’y fier ?

L’insécurité informationnelle

L’exigence professionnelle baisse énormément sur ce marché de l’information. Les internautes naviguent mais apprécient-ils ce qu’on leur offre ? « Seulement 29% des personnes interrogées pensent que la presse rapporte les faits correctement. » (Pew Research Center) Mais « 71 % des sondés ne font pas confiance aux sources d’information mises à leur disposition ».

Les 5 catégories de l’information...

Le Post (média français) fondé en 2007 par Le Monde (groupe Lagardère) propose des contenus « participatifs » et soucieux de transparence. Il décrit lui-même ses cinq catégories d’information : 1) « l’info brute (non vérifiée) » 2) « l’info rédaction » [bien écrite normalement], 3) « l’info vérifiée » [la 2 ne le serait pas ?], 4) « l’info invités » [des plumes connues n’engagent qu’elles-mêmes] 5) « l’info ’’sponsor’’ (publiée par un partenaire commercial du site) ». Ce genre de publication relèveraient du/de « racolage éditorial, course à l’audience, confusion des genres, défaillance déontologique ».

Alors, les « journaux » vont-ils survivre ?

Oui : « Internet ne remplacera jamais les journaux papier. De même que la télévision n’a pas supplanté la radio ou le cinéma », et même « le théâtre ou l’opéra ». La presse cherche à se « refonder » dans un « darwinisme » général : seuls les meilleurs resteront. Comment et lesquels ? :

« chaque média doit se concentrer sur son savoir-faire spécifique […] approfondir ce qu’il fait le mieux. [Et pour ceux sur le net] multiplier les hypertextes vers tout le reste. […] les journalistes devront apprendre à élaborer autrement les informations pour les diffuser sous diverses formes : ‘’posts’’, alertes, brefs résumés anticipatifs […] articles écrits, photos, sons, vidéos, discussion avec les lecteurs, blogs, contributions […] liens avec d’autres articles sur le même sujet. »

Des histoires, bien traitées

Des « lecteurs continuent de réclamer leur droit à une information fiable et de qualité […] ils aiment lire des histoires […] le journalisme consiste [aussi] à élaborer et construire, à partir de cette matière première [les faits] une narration riche de tous les ingrédients […] Le journalisme relève aussi, on l‘oublie souvent, de l’art littéraire »

Vers l’utile et le fiable

La recherche de l’information est couteuse, certes : « Le public ira donc principalement, via les liens, vers une information à double qualité, de fond et de forme, utile et fiable ».