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    Publié : 17 décembre 2013

    Faire son journal au lycée et au collège

    Comment faire ?

    Par Odile Chenevez, Pascal Famery, Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (CLEMI), Victoires Editions, 2005

    L’avant-propos informe que le CLEMI a un rôle de dépositaire pédagogique officiel de la presse scolaire (écoles, collèges, lycées) et a un double objectif dans cet ouvrage : d’une part « faire connaître les droits et devoirs inhérents au fait de s’exprimer pour être lu », d’autre part « aider à la conception et à la réalisation pratique d’un journal ».

    ET SI ON FAISAIT UN JOURNAL ?

    On dénombre « « beaucoup de raisons pour ne rien entreprendre ». Les auteurs ont conscience qu’on a le sentiment de « soulever des montagnes » dès lors qu’on souhaite créer une équipe de rédaction, qu’on souhaite financer son activité, faire écrire des articles par les élèves suivant des thèmes, les organiser en un journal ou magazine, les publier sur papier, quand on n’écrit pas pour l’Internet, « imaginer un circuit de vente ».

    L’ouvrage date de 2005 et semble plutôt prendre appui, pour son étude, sur les journaux lycéens, dont certains ont été connus et reconnus, avec une ligne éditoriale, et une expression réelle et volontaire de leurs rédacteurs jeunes. Depuis 2005 les préoccupations des élèves ont changé, le papier s’il existe encore tend à glisser vers le numérique. Les élèves actuels, en lycée plus particulièrement, ne sont pas portés comme leurs aînés par un désir de s’exprimer, de prendre la parole, de s’affirmer face aux adultes de l’établissement.

    Une histoire mouvementée

    En 1831, au lycée Henri-IV de Paris, deux journaux du lycée « se combatt[ai]ent ». Le Lycéen optant pour la littérature classique « sous la bannière de Racine » et Le Cauchemar « pro-romantique » se ralliant à Hugo. En ce temps, l’expression des lycéens indisposait souvent les adultes du lycée, qui y voyaient une atteinte à leur magistère. Les lycéens eux se plaignaient d’une non reconnaissance de « la liberté de la presse ». C’est en 1882, que Les Droits de la jeunesse, « organe de la jeunesse des écoles » lance un appel aux lycéens : ils doivent élever la voix afin d’exprimer des « revendications », éviter d’être « exploités par les concierges », d’être soumis à une mauvaise nourriture, de subir les « défectuosités du matériel », notamment l’ « éclairage » parcimonieux de nature à produire « tant de myopes chez les jeunes gens qui font leurs études ».

    Mais de 1831 à 2005, « les fonctions du journal restent les mêmes » : comment « faire passer de petites informations », faire savoir que le club de musique va donner un concert, qu’une bourse d’échanges de timbres existe, diffuser un poème fraîchement découvert « qui brûle le cœur » ? Dans un journal. Dans les journaux scolaires, le jeune qui devient « jeune journaliste » s’invente lui-même à ses propres yeux comme à ceux de ses condisciples, il acquiert un statut dynamique pour exprimer ses « potentialités ».

    Les auteurs évoquent des pédagogues passés à la postérité par leur pratique du journal  : Janus Korczak (1879-1942, Pologne). Il crée la Maison de l’orphelin ; John Dewey (1859-1952, USA, université de Chicago). Il opte pour le « processus de vie » qu’est l’expression de soi ; Ovide Decroly (1871-1932, Belgique). C’est un neurologue qui repense l’éducation à partir des pathologies de l’enfance ; enfin Célestin Freinet (1896-1966, école du Bar sur Loup). Il introduit l’imprimerie dans la classe. Quel est l’apport de ces pédagogues ?

    Ils défendent le journal car il est un « moyen extraordinaire pour s’exprimer », pour faire des « enquêtes, échanger des idées », développer une « pédagogie active » de manière que de concert « le maître et ses élèves se construisent ». Les jeunes, après un temps d’expérimentation, « doivent pratiquement pouvoir se passer du maître, « assumer leurs choix », « devenir autonomes ». La gazette de Korczak « rapproche », fait que « les inconnus d’hier » se connaissent, que le « discret » prenne « la plume », « occupe à son tour le devant de la scène ».

    De quoi parlent ces journaux ?

    Après quelques numéros, ces journaux « historiques » ou actuels « ont souvent le même parfum » et les « décennies n’y font rien ». Ce sont les mêmes « révoltes », les mêmes « coups de cœur ». Certaines caractéristiques dans l’ « esprit comme la forme » demeurent : l’humour, la dérision, les « inversions de situation ». Les enseignants feraient bien d’y aller voir, qui ne savent pas, parfois, qu’un journal existe dans l’enceinte de l’établissement. Les auteurs parlent de journaux lycéens connus, jusqu’en 2005 au moins, tel Le Makake déchaîné qui inverse le rôle du notateur :

    « Après les Césars et les Oscars, une nouvelle distinction vient d’être créée par les élèves du collège Pierre-de-Ronsard à Montmorency. Il s’agit de la Craie d’or, destinée à récompenser les professeurs. Les résultats, pour cette année, sont les suivants… »

    Certaines Craies d’or sont attribuées pour « la plus belle colère, le professeur le plus musclé, l’accent le plus ensoleillé » et certainement pour le professeur le plus sympathique ou « le plus tolérant par antiphrase ».

    Une autre constante de toutes ces publications : « le désir de dialogue avec les adultes » (sous forme d’interviews le plus souvent), « l’échange entre jeunes » et les « réactions souvent vives à la sortie du journal ». Les élèves recourent aux dessins, aux éditoriaux bien sentis, manifestant une humeur parfois sans concessions. C’est « l’affichage du projet », de la ligne éditoriale qui deviennent « presque la signature de cette presse d’un autre genre » :

    « Nous vous avons compris ! Nous savons quel est votre but le plus chèrement désiré : votre irrésistible envie de participer à la vie du journal nous fait honneur. A vos plumes, citoyens ! Pour un canard libre ! » (L’Indicateur des chemins de dérive)

    « L’idéal serait que L’Am-nézie devienne un élément intégrant de la vie du bahut, qu’il soit un moyen de communication entre 1400 potaches qui passent ensemble en moyenne huit heures par jour. Pour cela, il faut participer en réagissant. Ce qui signifie qu’il faudra passer vos jours et vos nuits à nous préparer des articles, on ne vous demande pas grand-chose, quoi ! »

    (Chapitre écrit par Jacques Gonnet, Professeur des Universités, Ancien directeur du CLEMI)

    INVENTEZ VOTRE JOURNAL

    Quel journal veut-on produire demandent les auteurs ? : « Il y a plus de points communs entre Picsou Magazine et Le Monde diplomatique qu’entre deux journaux réalisés par des équipes de lycéens. » En fait, le style du journal est lié aux journalistes jeunes qui le composent, aux moyens matériel, horaire, dont on dispose, aux « motivations » et aux « compétences » qu’on a reconnues chez tel ou telle élève. L’objectif qu’on se fixe « définit l’identité du journal » également.

    Exemples…

    Les auteurs fournissent plusieurs exemples de journaux lycéens avec des extraits propres à en rendre la substance et le ton. Exemples :

    Dis-leur ! (né en 2003 à Brie-Comte-Robert) qui arrive à la suite de Quoid’neuf Pascal ? qui existait jusqu’en 1999. Un élève mineur en assumait la responsabilité de rédaction (et non la direction). C’est un journal satirique, « dénigré » par certains élèves et qui inquiète les professeurs :

    « Ces profs qui nous gouvernent et nous amusent : situations et citations cocasses vécues et entendues en classe ». La production est soutenue par le proviseur. Il est soucieux de « ne pas entraver la liberté d’expression des élèves », il constate une ligne éditoriale respectée, une « charte sur la liberté d’expression et la responsabilité qui l’accompagne ». Il dit : « Je défends le journal, à condition qu’il n’outrepasse pas le respect des autres ». Le numéro 3 est « suspendu quelques heures », le temps, avec l’équipe, de prendre du recul. Les élèves prennent conscience du caractère positif de ces suspension, intervention, « permettant de s’interroger sur la force de l’écrit, les nuances rédactionnelles », « le respect des personnes ».

    Une « adulte de référence » est librement choisie par les élèves, en la personne de l’enseignante documentaliste. La rédaction se réunit une fois par semaine ce qui signifie que le « haut niveau d’indépendance appelle naturellement un haut niveau de responsabilité collective ».

    Les Potins d’abord

    Collège Georges Brassens, Le Rheu. Créé en 1998. Il publie cinq numéros par an. « Chacun choisit une rubrique dont il aura la responsabilité toute l’année. Deux rédacteurs en chef élus représenteront leurs camarades et assumeront la rédaction de l’éditorial, le suivi du journal, la communication au sein de l’équipe ».

    Le journal « traite de la vie du collège, des communes proches et de l’actualité culturelle, politique ou sociale ». Dans la rédaction « le journaliste doit se positionner, soit il prend une information préexistante (sortie d’un film, d’un disque, événement politique…) soit il fabrique lui-même l’information en enquêtant autour de lui ». Ce qui nécessite sur le terrain, un dictaphone, un appareil photo numérique. Le club presse se réunit les mardi et vendredi midi. Une conférence de presse initiale a orienté l’activité de chacun préalablement.

    La « phase de production des articles s’étend sur trois ou quatre semaines », le journal ouvre ses pages à des « contributions extérieures ». Une classe de CM2 est invitée à rédiger un article sur un événement de l’école et « une sixième propose un reportage sur un projet auquel elle participe ».

    Les Potins d’abord « permet aux adolescents de la rédaction de se positionner par rapport aux adultes et d’interroger le monde qui les entoure. » Il faut « respecter leur choix rédactionnel ». « […] Le rôle de l’adulte doit s’en tenir à assurer le fonctionnement matériel et organisationnel de l’atelier, à favoriser l’échange et à rappeler les règles déontologiques ».

    Certains rédacteurs « font eux-mêmes la mise en page de leur article sur la base de contraintes énoncées par les responsables, mais d’autres à regret ne font que la saisie de leur article. »

    Les fanatiques

    Le mot fanzine est un mot valise associant « fanatique » et « magazine ». Ce sont des journaux consacrés à la BD, à la musique (rock) ou à la science-fiction. Le support plaît aux lycéens quand ils ont la chance d’en créer un ou d’en lire un dans leur établissement. En général, les élèves doués en dessin s’essayent à la BD dans un fanzine, avant de passer à la BD professionnelle ou au dessin, bande-dessinée de presse. Les Inrockuptibles est à l’origine un fanzine musical créé en 1986, dans un établissement des Yvelines. C’est un genre de publication difficile auquel peu de lycéens osent s’affronter.

    Le journal d’établissement

    Les journalistes jeunes peuvent destiner leur publication à l’intérieur et à l’extérieur de leur établissement. C’est le « genre institutionnel » : informations nécessaires à la communication interne et externe de la « communauté scolaire ». Informations pratiques sur la scolarité, l’orientation, les activités extrascolaires, comme les voyages, les sorties spectacles. Ce type de journal peut en théorie compter une rédaction élèves, avec des professeurs, des parents, des « représentants de l’administration et du personnel ».

    Il est plutôt le reflet de la vie de l’établissement plus que celui « des opinions des divers membres de la rédaction », des opinions des élèves. L’information se fait générale, donne une image positive de la communauté, notamment les lycées professionnels, « qui ont besoin de se valoriser pour améliorer la qualité de leur recrutement ». Mais si certains élèves de la rédaction, quel que soit le type d’établissement, ont une personnalité marquée, une aura, le journal devient original et très lu. Sans « censure », car responsable et citoyen.

    La formule

    Avant d’écrire un article du futur journal, il faut avoir réfléchi à son lectorat, à l’intérêt suscité chez celui-ci. Au début, « on peut ne pas être trop précis […] mais il faut être d’accord sur le public à toucher » : les seuls élèves de l’établissement, « la population du quartier », la « communauté scolaire », les « enfants des écoles », les « personnes âgées du canton » ? Et puis quelle « périodicité », quelle ligne éditoriale (humour, documentaire, « investigation journalistique »), maquette, longueur des articles ? Bref, il faut « définir une formule » mais qui vienne bien des élèves, même si elle est modérée par l’adulte / les adultes référent(s).

    La périodicité est fonction de l’équipe, de la réactivité et de l’aura de la rédaction en chef élèves : « Une parution annuelle ne peut décemment pas s’appeler ‘’journal’’ » disent les auteurs, mais pourquoi pas une base éditée en ligne avec un renouvellement régulier ? C’est mieux que rien. Un exemple de semestriel : Le Jeanho offre deux fois par an ses « plus de soixante pages très élaboré[e]s ». Le trimestriel est courant selon, peut-être, un « mimétisme avec les conseils de classe ». Le mensuel ? Il faut « une équipe solide » (Dis-leur, Le Chevelu, Pistache).

    On peut se lancer dans un « numéro 0 ». [Pourquoi pas dans deux numéros zéros, 0-1, 0-2, si l’on n’est pas satisfait ? Il n’est pas facile de réussir tout de suite. Et qu’est-ce que réussir ? si ce n’est arriver à la meilleure expression de soi, à la meilleure rencontre d’une rédaction et de son lectorat. Cela peut prendre du temps.]

    Le statut

    Le journal est-il déclaré officiellement, vendu à l’intérieur, à l’extérieur, ou est-ce un « petit canard informel et pirate » ? Fonde-t-on un « club presse dans le cadre du foyer », une association loi 1901, un « groupe indépendant » ? L’équipe peut être « restreinte » (deux à dix personnes) ou plus large, en « partage de responsabilité rédactionnelle » égalitaire adulte / élève.

    Tirage, diffusion

    On doit penser au nombre d’exemplaires qu’on veut produire pour chaque numéro, lié au public visé précédemment. On doit savoir que « le numéro 1 se vend toujours mieux qu’un numéro 2 » du fait d’un « attrait de la nouveauté ». Même les professionnels le ressentent. Quant à la diffusion, il s’agit du « nombre d’exemplaires effectivement vendus ou remis à des lecteurs » qui se traduit en « nombre inférieur ou égal au chiffre du tirage ».

    Format

    Certains fanzines ne sont « pas plus grand qu’une carte de crédit » ; le plus courant est « le format normalisé A4 » qui relève du « pliage en deux d’une feuille de grand format A3 ». Cela convient bien à la « formule magazine ».

    Support, pagination

    Désormais, on peut penser en terme de support papier ou support numérique. Le nombre de pages est fonction du nombre d’articles, des « contraintes techniques », il est en général un multiple de deux.

    Le titre

    « Choisissez-le bien, et une fois pour toutes : il sera la vitrine du journal et devra refléter vos intentions ». Quand on a commencé à fidéliser un lectorat, il n’est pas recommandé de changer de titre. Pour ce qui est d’être original, le nom du journal ne doit pas donner dans l’excès de subtilité, « uniquement réservé[e] aux cinq ou six initiés de l’équipe » :

    Cela dit, « personne n’a jamais su pourquoi La Chaussette hongroise s’appelait ainsi […] Le Cannibale devra tenir ses promesses et se montrer ‘’mordant’’ à l’intérieur ! Franklin d’œil devra assurer question humour. Les Nouvelle de Giac ou Moyen Quartier devront être bourrés de renseignements pratiques sur la vie de l’établissement ou du quartier. Quant à Arsenic, Penthotal ou Débandade, ils nous préparent au pire et ne devront pas nous décevoir. […] Parmi quelques titres répertoriés : les cocktails associant titre et devise : Le Plumard (‘’le journal qui se lit’’), La Pomme (‘’le journal qu’on épluche’’), Chewing gum (‘’le journal qui ne mâche pas ses mots’’) […] »

    Le prix

    Si on vend le journal papier, il est à indiquer clairement. Il dépend « du prix de revient de fabrication, mais pas seulement ». Prendre en compte : les « possibilités » du « lectorat potentiel » suivant les services et le plaisir fournis. La gratuité papier est « une frilosité » conséquence d’une « mauvaise analyse des comportements du lecteur ». Si c’est gratuit, le journal est assimilé à un prospectus jetable, les lecteurs vont se demander « Où ont-ils trouvé les sous ? » et l’indépendance rédactionnelle est suspectée. Les prix observés vont de « 0,10 à 1,5 € ». Ne pas le « surévaluer » non plus. S’attendre à ne pas « rentrer dans [ses] frais à partir des ventes uniquement ». Même les journaux professionnels n’arrivent pas à ce résultat. Rechercher d’autres ressources financières dans ce cas...

    COMPOSER VOTRE ÉQUIPE DE RÉDACTION

    La formule et le projet rédactionnel ont pris bonne forme, il convient de s’ « organiser », de « se répartir les tâches ». On a besoin de journalistes, qui s’entoureront de « collaborateurs réguliers ou occasionnels ».

    Les journalistes

    Ils vont « collecter les informations », écrire les articles. « On a beau être forts en français, écrire dans un journal n’est pas du tout la même chose que de faire une rédaction ou une dissertation ».

    La principale difficulté est de « faire court ». Certains journalistes peuvent avoir « une spécialité » en fonction des rubriques : « sport […] littérature […] couverture humoristique des débats des conseils de classe ».

    Dessinateurs et graphistes

    Quand on a sous la main un élève doué en dessin, c’est un avantage. Quel est l’adulte qui n’a pas acheté Le Monde pour son Plantu ? C’est du visuel qui répond bien aux friands de l’image. On peut lancer une campagne pour trouver un bon dessinateur dans l’établissement. Faire attention que le dessin ne soit pas pauvre, une simple illustration.

    Les photographes

    On peut user des talents de photographe(s), mais cela dépend des moyens de production. Sur Internet, le rendu sera meilleur.

    Maquettistes, metteurs en pages

    Leur rôle, très important, est de « transformer la matière brute (articles, dessins, photos, encadrés) en un produit fini agréable ». Ce rôle est « gratifiant » pour les élèves qui ont ce talent de mise en forme visuelle.

    Les responsables du journal

    Le rédacteur en chef ? Quel profil ? Celui ou celle qui présente le plus de « qualités rédactionnelles », de « compétences d’animation », de « dynamisme », l’arbitre comme naturel des réunions de rédaction. Il/Elle « suivra l’évolution du journal dans toutes ses étapes de réalisation », il/elle est capable de relancer l’auteur d’un article en retard quitte à lui donner des idées. Il/elle peut être, mais peut ne pas être « le directeur de publication » qui est responsable des contenus du journal vis-à-vis de la loi. Le directeur de la publication doit « relire l’ensemble du numéro » pour s’assurer qu’il est « bien au courant », qu’il « accepte tout ce que contient le journal ».

    Au sein d’une rédaction, il n’est pas nécessaire d’établir « une répartition nominative pour chacune des responsabilités ». Plusieurs tâches peuvent être tournantes, l’essentiel est « de prendre conscience de tout ce qu’il y a à faire ». Dans les cas courants des adultes référents encadrent la rédaction jeune, ils prennent la « responsabilité de l’arbitrage des choix de la rédaction ».

    Organisation des réunions de rédaction

    Les réunions de rédaction servent à « donner vie au contenu ». On y prend les « grandes décisions », dans des moments de grande animation.

    Réunion de démarrage d’un numéro

    Elle s’articule en trois points. 1) Critique du numéro précédent. Chacun dit ce qu’il en pense, les « remarques entendues dans l’entourage » et les conclusions à en tirer 2) Les propositions de sujets. Elles découlent d’informations dont on « dispose » déjà, de ce que chacun souhaite voir traiter 3) On retient toutes les idées évoquées, on établit « un ‘’menu’’ provisoire ». Il faut qu’à la fin chacun reparte « avec un travail », « une enquête à mener », un « reportage, une interview à faire, des documents à chercher ou des « articles à solliciter auprès d’une personne compétente ». Le rédacteur en chef, quant à lui, sait qui fait quoi avant la prochaine réunion.

    Réunion de bouclage

    Il s’agit de la « phase ultime », qui de déroule en deux temps : 1) La remise des articles rédigés au rédacteur en chef, « sachant qu’ils seront relus, corrigés et complétés par des éléments d’habillage au niveau du secrétariat de rédaction ». [Dans les rédactions professionnelles, le/la secrétaire de rédaction est chargé/e de relire, retitrer, retravailler certains passages, dans le sens de la concision et de la clarté.] 2) Faire le point sur l’ensemble des articles et sur la cohérence de l’ensemble. Le chemin de fer est alors définitif, on n’y touche plus.

    Réunion du secrétariat de rédaction

    Les maquettistes présentent leur réalisation au rédacteur en chef ou à un comité restreint. Après vérification totale de la forme le rédacteur en chef ou le directeur de la publication donne le « bon à tirer » (BAT). Dans la presse professionnelle, le BAT est un contrat avec l’imprimeur et « sert de preuve en cas de litige ».

    LE CONTENU DU JOURNAL

    L’équipe est mise en place, elle a trouvé son style, elle a compris comment elle doit fonctionner, elle s’est fixée une périodicité ou planning. Place à l’écriture

    Les sujets

    Les élèves sont créatifs, guidés par leur imagination, c’est très bien, cela apportera au lecteur de l’information mais aussi du plaisir. Il faut trouver des sujets que personne ne traitera ou pas de la même façon que dans d’autres journaux scolaires. Il faut être curieux, se renseigner sur ce qui se publie ailleurs (notamment sur les sites des établissements voisins). Le thème de la violence ? Réfléchir à ce que le lectorat attend : savoir comment des jeunes, collégiens ou lycéens, se sentent concernés par le sujet. Il faut garder le point de vue des journalistes jeunes, ne pas leur imposer le prisme adulte ou les contraindre.

    La loi de proximité

    Qu’est-ce que c’est ? Le « cynisme médiatique » l’appelle aussi « loi du mort kilométrique ». Un avion s’écrase, un paquebot coule faisant des dizaines de victimes, de disparus ; une guerre civile dans tel pays ravage la population. « C’est triste, les chiffres sont éloquents. Mais d’une éloquence abstraite. Si au bout de votre rue, un propriétaire de pavillon s’est mis en tête d’enlever la mousse de son toit, est tombé et s’est tué, c’est un drame. Un mort près de chez soi produit plus d’émotion que des milliers de morts à l’étranger ». Cette proximité engage le lecteur dans une information de type affectif : sociale, morale, professionnelle. Ce sont des éléments mis en valeur par les journalistes jeunes.

    Les sujets sûrs

    Il y a des sujets sur lesquels on a facilement « quelque chose d’original et de personnel à exprimer ». Les sujets d’information générale : l’actualité et les réflexions qu’elle inspire ; les « grands thèmes de la vie : l’amour, la drague, la drogue, la mort […] les parents, la violence, l’univers etc. » ; les phénomènes sociétaux : « les abus sexuels, la délinquance, les prisons, les médias, etc. » ; « les débats d’idées, même vifs, qui feront du journal un forum où l’on argumente pour ou contre : la réforme de l’école, la religion, etc. »

    Des sujets qui concernent « la vie de l’établissement : l’information interne représente une mine de sujets originaux qui ont toutes les chances de retenir l’attention ». Les « horaires d’ouverture du CDI, les décisions du conseil d’établissement, les débats du conseil de la vie lycéenne (CVL) » Les interviews des nouveaux arrivants ou des partants de l’administration du lycée doivent poser des questions judicieuses, tenir compte de la personnalité ; il ne faut pas oublier les anciens élèves.

    Critiquer les professeurs

    Les « bancs d’essai, critiques, mise en dérision et autres remises en question » sont « prisés », mais attention : il faut jouer dans la délicatesse. L’humour est plus apprécié que le cynisme. Le rapprochement adultes et journalistes jeunes se passe bien avec le détournement de photos, la caricature (non appuyée), mieux encore avec la rubrique de la photo enfant d’un enseignant, à reconnaître, dans chaque numéro. Pas d’insultes, pas de diffamation. La pire critique qu’on peut adresser à certains est de ne pas respecter les faits.

    Créer des rubriques qui accrochent

    Les auteurs conseillent aux rédacteurs jeunes d’accrocher le lecteur, lorsqu’ils produisent entre 10 et 60 pages. Le lecteur ne lit pas tout, de la première à la dernière page. Il faut « ouvrir des portes ».

    Le lecteur feuillette, fait des choix, il faut l’aider en lui proposant des portes, ce sont les rubriques. On doit les retrouver avec régularité d’un numéro à l’autre. Mais consacrer une page à chaque rubrique est contraignant et donne « une impression de rigidité ».

    Une rubrique qui n’est guère connue assure une fidélisation du lectorat : le roman feuilleton, entièrement créé par des élèves littérairement doués de l’établissement... et les autres. Cela peut être de la science-fiction, des "Feux de l’amour" humoristiques ou des récits complètement surréalistes. Comme l’effet "série" de la télévision, cette feuilletonisation va accrocher très vite, et les différentes "saisons" seront attendues à cor et à cri.

    Les dossiers

    Les journaux scolaires peuvent pratiquer le « grand dossier » sur un thème général, en plus des rubriques habituelles. Le dossier se veut une information relativement complète, très documentée, traitée en plusieurs articles, selon des angles différents [angle : moyen d’entrée particulier dans un sujet général, aspect partiel original dont on l’aborde]. Le dossier peut constituer la couverture, il y est annoncé, il est « exploité pour la promotion du numéro ». En plus des grands articles, il est intéressant de donner des rendez-vous au lecteur « dans des endroits bien balisés, repérables d’un numéro sur l’autre ». Les rubriques sont composées d’articles courts [sans négliger les encadrés pour les chiffres, statistiques, informations secondaires qui alourdissent l’article lui-même]. Il est aussi de petites rubriques, quasi obligatoires : le sommaire, l’éditorial. « Les oublier serait un mépris pour le lecteur. Il ne faut pas manquer de dire bonjour, de se présenter et d’aider ses hôtes à se repérer dans le labyrinthe des pages. »

    Varier les genres : un pas vers le professionnalisme.

    On appelle « genre journalistique » ce qui caractérise la collecte de l’information. Le genre est lié à son mode d’écriture ou de réalisation.

    Le compte rendu

    Il rapporte un « événement (audience de tribunal par exemple) », retranscrit un spectacle, la lecture d’un livre. C’est un travail synthétique.

    Le reportage

    C’est le « genre journalistique par excellence. Ce sont des informations qui ont été collectées sur le terrain où se déroule l’événement, la rencontre , au plus près, dans l’espace et dans le temps. Le reporter s’imprègne de manière sensorielle de la réalité qu’il rapporte et la restitue de manière vivante. C’est descriptif, selon un vocabulaire coloré. Le lecteur doit avoir l’impression d’y être.

    L’interview

    Elle consiste à « interroger quelqu’un de représentatif sur un thème », quelqu’un dont les propos recueillis sont significatifs, éclairent un fait. On a affaire au langage parlé, à l’échange vivant, à la spontanéité.

    L’enquête

    Elle cerne un sujet de manière approfondie, elle fait « le point sur une question ». C’est un travail de longue haleine : « Voir, entendre, comprendre » et faire comprendre.

    Le billet

    C’est un article d’humeur, faisant preuve d’humour. C’est un « genre périlleux » car il associe la gravité et la légèreté. Il interroge et donne à réfléchir, sous son air léger.

    L’éditorial

    Il donne le « point de vue de l’éditeur », du rédacteur en chef, il « engage la rédaction », la reflète.

    A côté de ces principaux genre …

    ... La brève

    C’est une information sans titre sur un événement d’actualité, qui répond en un minimum de mots au questionnaire de référence (Qui fait quoi, où, quand etc.)

    La critique

    Elle rend compte d’un spectacle, d’un ouvrage, l’auteur donne « son avis sur l’intérêt et la qualité » de ce qui aura été lu, visionné, ou vécu dans une salle de théâtre par exemple .

    Le portrait

    Il dessine la personnalité de quelqu’un en utilisant souvent les éléments de l’interview.

    La chronique

    C’est un rendez-vous régulier, soit sur un même thème, soit sous une même signature.

    Il ne faut pas hésiter à varier les genres journalistiques pour enrichir le journal. Un journal uniquement fait de comptes rendus ou d’interviews devient lassant.

    ÉCRIRE COMME LES JOURNALISTES

    Il n’est pas question d’obliger les élèves à écrire dans un carcan, mais simplement d’éclairer sur les méthodes de l’écriture apprise en école de journalisme. Le journaliste jeune doit connaître la situation de communication dans laquelle il s’inscrit, il doit transmettre des messages de l’émetteur qu’il est à un récepteur. Cela veut tout simplement dire qu’on écrit pour des lecteurs, pour être lu et facilement compris.

    Personne n’est obligé de vous lire…

    « Fini le temps où le lecteur, assoiffé de nouvelles, se précipitait chaque matin sur son quotidien préféré. […] De nos jours, l’ ’’info’’ fuse de toutes parts […] Mais cette information-là demeure générale. […] le journal lycéen, c’est vraiment autre chose : on s’y exprime, on y goûte l’ivresse du vers libre, du papier hors des sentiers battus, loin des préoccupations d’adultes. »

    Écrire simplement

    Les auteurs citent La Bruyère : « Tout écrivain, pour écrire nettement, doit se mettre à la place de ses lecteurs […] Se persuader ensuite qu’on n’est pas entendu seulement à cause que l’on s’entend soi-même, mais parce qu’on est en effet intelligible » (Les Caractères).

    Il ne faut pas employer de « vocabulaire trop ‘’chébran’’ », mais des « mots de tous les jours ». Si l’on exprime l’ « appartenance à une collectivité », il est souhaitable de livrer le « décodeur » des allusions. Ne pas abandonner le lecteur « sur les tristes quais du rejet par ignorance ». L’on doit éviter les « mots pédants, compliqués […] ambigus », des « mots longs, difficiles à écrire et à lire »

    Écrire court

    La bonne « phrase de journal excède rarement la vingtaine de mots ». Il faut éviter de dépasser ce nombre. Pour ce faire, couper une phrase trop longue en deux phrases courtes. Ce sera plus fluide et plus clair. Il faut éviter « la graisse des conjonctions », mais aussi des pronoms relatifs, des connecteurs de remplissage, des formules creuses du genre « Vous n’êtes pas sans savoir », « Ce n’est pas sans surprise que j’ai constaté... ». La phrase ternaire « sujet, verbe, complément » [ou sujet, verbe attributif, adjectif] est courte et vive. Il faut privilégier la forme active [elle repose sur les verbes transitifs, actionnels, moteurs de la phrase et du récit]. Il faut user du présent pour rendre le temps du texte faussement synchrone avec celui du lecteur et le passé composé, pour le passé. Eviter le passé simple, de la narration littéraire. Cela éloigne, évoque un passé clos sans aucune incidence sur le présent, qui intéresse le lecteur, installé dans son présent. Aller souvent à la ligne, car à une idée correspond un paragraphe.

    Écrire « riche »

    C’est-à-dire avec des mots chargés de sens, même s’ils sont courts, qui développent une sensorialité, « qui donnent à voir », une coprésence journaliste-lecteur, qui « inscrivent » des idées ou des faits dans la mémoire.

    L’essentiel « comme étoile polaire »

    Comment s’assurer qu’on a délivré le message essentiel ? Écrire un brouillon, puis l’article terminé, se demander quelle est l’idée la plus forte, imaginer que l’article dans le journal sera coupé et n’ « excèdera pas quatre lignes ».

    L’angoisse de la page blanche

    Là, encore, écrire, au brouillon, quelques phrases qui expriment l’essentiel, ce que le lecteur doit absolument savoir. Une telle démarche sert aussi à trouver un titre, qui se dégage de ces idées forces.

    La technique de démarrage du texte de l’article consiste en une pyramide inversée ou un entonnoir. Il faut supposer que le sommet de la pyramide est la base, large : elle doit répondre aux questions basiques : qui fait quoi (ou subit quoi), à quel endroit, quand ? Ce sont les agents, l’objet et les circonstances. Ensuite, on passe de quatre questions à deux : pourquoi cela s’est produit et comment ? Après les questions de référence, on classe les éléments explicatifs par ordre décroissant, pour resserrer l’entonnoir.

    Bien démarrer l’attaque

    Ce sont le chapeau (ou chapô), quelques lignes en gras, qui se détachent, sous le titre et au-dessus des premières phrases du texte. Cela doit être très enlevé, animé. Pas d’entrée en matière, plutôt la technique mais du in medias res. Les auteurs s’amusent à inventer une attaque en partant d’abord d’un démarrage plat  :

    « Mardi 17 juin, à 20h45, à la MJC des Aiglons, un public nombreux a assisté au concert de Satan mène le bal, le groupe de rock de notre bahut. Beaux succès pour cette première qui fut donc une pleine réussite, etc. »

    On, passe à une version plus musclée : « Le délire, mardi soir, quand Satan mène le bal a embrasé la MJC du quartier ! Hurlement général de la foule en folie : voilà que Paulo, le chanteur du groupe, vient de se jeter dans le public. Il s’est pris pour Jim Morrison ! Personne ne s’y attendait, même pas ses copains qui, du coup, saisis par la peur, se sont arrêtés de jouer ! Mais non, Paulo avait réussi sont atterrissage sur un matelas de mains tendues, etc. »

    Là, « vous transformez un banal compte rendu en reportage […] vous rapportez des images vivantes, dont la plus forte sera la plus représentative de l’événement » : le vol plané de Paulo crée un suspense qui arrête la musique, terminé par la vision du « matelas » de mains…

    Bien finir : la chute

    Un article ressemble au vol plané de Paulo, un élan, une force, une énergie qui se termine sur une « chute ». C’est une manière de « prendre congé du lecteur », de belle manière, sur une impression forte. Dans le concert de la MJC, que dire ? :

    « On s’en souviendra de notre Paulo Morrison ! La frayeur qu’il nous a causée ! Car personne n’avait oublié que dix jours avant, au printemps de Bourges, un musicien s’était fracassé les os par terre : le public s’était écarté. »

    Si on cherchait un titre ?

    Conseil des auteurs : éviter les « calembours vaseux » pour le succès de Paulo, du style « Avec Satan, on s’attend à tout », « Satan vers l’infini », ou les « rébus » difficiles à décrypter comme « Mon premier est diabolique, mon tout est in the Doors ». Il est souhaitable de titrer en fonction du message essentiel :

    « L’envol de Paulo Morrison à la MJC des Aiglon »
    « Mardi à la MJC : Paulo a joué les aiglons »
    « Mardi à la MJC : Satan s’est déchaîné et Paulo s’est pris pour Morrison »

    Dans les rédactions on trouve les titres à plusieurs, au cours d’un « remue-méninges ». Le titre est important, il faut le discuter, d’autant que le chapô qui suit en dépend.

    Jouer avec les niveaux de lecture

    Le premier niveau de lecture

    L’image (et sa légende), la titraille, les chapôs forment le premier niveau de lecture, ce que l’œil perçoit et visualise. Dans un deuxième temps, ce sont l’attaque et la chute, les débuts de paragraphes qui sont balayés par l’œil.

    L’habillage

    Il ne suffit pas d’écrire un bon article, il faut le « vendre », c’est-à-dire l’ « emballer », le présenter. On habille avec la titraille, l’illustration, les encadrés, des attributs typographiques, la mise en page.

    Les encadrés

    Il sont importants, permettent de ne pas mélanger plusieurs sujets ou plusieurs angles. Ils évitent les articles longs. C’est un composé de « petits espaces attractifs ».

    L’interview

    Il ne faut pas s’en passer, c’est l’article vivant par excellence. Le « savant interrogé », si c’est bien mené, saura trouver les mots simples pour instruire le lecteur. Le journaliste est en fait plus actif qu’il n’y paraît à la lecture. C’est lui qui choisit l’interviewé, le thème, les questions. Une fois les éléments recueillis, c’est encore au journaliste de les mettre en forme.

    Comment recueillir une interview ?

    La « phase active » commence avant la rencontre, car l’interview se prépare. On doit se documenter sur son interlocuteur, sur sa sphère sociale et professionnelle. C’est ensuite la rencontre avec des questions larges qui assurent une connaissance du personnage, une exploration qui suscitera l’intérêt du lecteur.

    On doit se demander, avant la rencontre, ce que l’on doit « espérer de son interlocuteur », la pertinence, l’originalité de la démarche. Il convient de mettre l’interrogé en confiance afin de rendre compte au mieux de sa personnalité et de son action.

    On peut utiliser un magnétophone, mais si l’on a l’ « élégance » d’en demander la permission . Alors, « la technique doit s’oublier ». Il faut savoir que le décryptage de l’enregistrement, sa mise en mots sont longs. Il faut « couper les longueurs », et « réorganiser l’écriture » quelquefois. L’on a un meilleur résultat quand on prend des notes et quand on réserve l’écoute pour les « vérifications ».

    Comment rédiger une interview ?

    L’on doit penser à son lecteur avant tout, éliminer tout préambule sur les difficultés du rendez-vous, tout ce qui n’est pas directement en rapport avec l’interviewé et le thème développé sur lui. On doit savoir si la première question est celle qui mérite d’ « ouvrir l’article ».

    Parfois, on a besoin de « déblayer le terrain » avant d’entrer en la connaissance de la personne interrogée. Au besoin, on peut résumer des réponses limitées en intérêt sous la forme narrative avant de poser les questions clés sous la forme dialogique. Parfois, les dires sont marqués par le naturel et sont donc maladroits, hésitants. Il ne faut pas hésiter à les remanier, mais le plus simplement possible, sans effet de style pour conserver la clarté du discours.

    Comme le début qui est une « attaque », la conclusion doit être une bonne « chute » dont les termes sont ceux de l’interviewé. Comment titrer une interview ? En reprenant les mots, une expression typiques de la personne rencontrée. On peut compléter par un sous-titre explicatif si l’on choisit une expression dense, qui demande un éclaircissement.

    CONCEVOIR LA MAQUETTE

    En général, collégiens et lycéens « ne manquent pas d’idées ni d’originalité pour soigner le visuel de leurs journaux, surtout quand ils ne cherchent pas à copier la presse professionnelle. » Ils peuvent se donner des libertés de formes et de graphismes.

    Servir la lisibilité

    Le journal est un « objet ». Avant de le lire, « on le voit, on le touche, on le feuillette ». Il faut tout faire pour que le « premier contact physique avec le papier produise […] une irrésistible envie de lire. » Si le « premier abord » donne dans le fouillis, le « négligé », le « sale » et « triste », les rédacteurs et les lecteurs ensuite ratent quelque chose. La maquette est une « mise en scène » qui « tient de l’art et de la technique ».

    Le chemin de fer

    La première étape de la maquette consiste à « répartir les articles selon les pages du journal ». L’expression imagée avec son idée de wagons bien accrochés les uns aux autres explique ce qu’il fait faire : du clair, du cohérent. C’est un travail collectif. On prépare un schéma dessiné sur un tableau de classe ou un tableau papier fixé au mur, on le complète « au fur et à mesure des décisions ».

    La répartition s’effectue par rubriques hiérarchisées. La hiérarchie est particulièrement importante quand il s’agit de remplir une page avec plusieurs articles. Il faut garder à l’esprit que le balayage visuel s’effectue de gauche à droite et que les lieux clés sont les bas de pages droits. On choisit une page de droite pour un début de dossier ou pour une rubrique d’importance. Ne pas oublier l’effet de pages qui se font face. On fonctionne par doubles pages plutôt que par page seule. Attention aux juxtapositions malheureuses : les contrôler plutôt que les subir. Les professionnels en sont parfois victimes.

    Si l’on a une page gauche dense, veiller à ce que la droite soit une illustration ou une page plus légère. La lecture sera harmonieuse si on pense à l’ « aération » sur deux pages.

    La couverture : attention au « début »

    Le chemin de fer doit être conduit par une belle et forte « locomotive ». La première ou la Une ne doit pas être vide, quoiqu’un journal comme Libération fasse des Unes avec une seule photo et un titre, et quelques « appels » vers les pages intérieures, discrets, en bas. Cela ne doit pas être plein non plus.

    On trouve deux types de Unes :

    - le type quotidien. Le quotidien comporte une têtière pour le logo et les informations techniques (numéro, date, prix, la « devise » du journal si on veut en inventer une…) et une partie rédactionnelle : un gros titre avec son illustration et des articles plus réduits.

    - le type magazine. Là on peut avoir l’article unique avec son illustration et les appels très discrets vers des articles internes.

    La Une ou la première de « couverture » magazine fait ressortir la nouveauté de l’actualité tout en restant fidèle à la charte graphique adoptée une fois pour toute et qui crée des repères pour le lecteur. La Dernière ou la quatrième de « couv » n’est pas à négliger non plus. Cela doit créer l’impression positive avec laquelle le lecteur quitte le journal. Ne surtout pas la surcharger.

    « Affirmer son look » : l’unité graphique

    L’unité rédactionnelle doit apparaître au niveau visuel. Mais « unité rédactionnelle ne veut pas dire uniformité ». Le fil conducteur logique et esthétique doit découler de la charte graphique de base. Utiliser « le même ton, le même style, dans la présentation, le titrage et tous les éléments graphiques : titres de rubriques, filets (traits de séparation ou d’habillage), vignettes (petits dessins de mise en page) »

    Confort

    Les caractères (ou la police) : « On n’utilise pas un caractère indépendamment du sens de ce que l’on écrit ». Si l’on doit écrire « Panique au gymnase » en « lettres cursives ou en gothiques, comme on le voit parfois dans les journaux lycéens », l’effet sera raté. On ne peut écrire une nouvelle grave dans un caractère qui est ressenti comme fantaisiste. Il existe des caractères réservés aux textes longs, les plus clairs. Faire l’essai sur un texte long pour voir ce que cela donne. Les titres peuvent être en caractères différents. Mais le caractère de titre et de texte ne doivent pas jurer entre eux. Penser au confort de l’Autre, le lecteur.

    Jouer de la taille

    On peut « jouer sur la taille (on dit alors le corps) », l’interlignage, la graisse (gras ou maigre), l’inclinaison (romain ou italique), l’italique se justifiant pour une « mise en évidence de sens ». Un texte relativement long en italiques devient flou et fatigant, les capitales (lettres majuscules) sont réservées aux titres, mais des titres courts car au-delà d’une ligne elles sont lourdes, solennelles et gênent la lisibilité du titre qui est important dans le déchiffrement du sens de l’article.

    Le gabarit est la feuille aux dimensions de la publication qui comporte des colonnes. Il faut éviter à tout prix les lignes qui prennent toute la largeur, surtout en petits caractères. Plus le caractère est petit, plus les lignes doivent être courtes. Éviter les colonnes de différentes largeurs, elles créent la confusion. Le bon nombre de colonnes est trois, en général.

    On voit d’abord, on lit après !

    Ne pas tasser. Si on manque de place et qu’on pense que l’article que l’on doit placer dans la feuille ne souffre pas de coupure, c’est un tort de tasser le texte. Mieux vaut couper que de faire fuir le lecteur.

    Ne pas vider. On peut aussi se trouver devant un vide : ne pas laisser beaucoup de blanc, sinon cela va être ressenti comme un désert et une faute de la rédaction en panne d’idées. Équilibrer alors les masses et illustrer mais de manière non redondante.

    Le regard libre

    Ne pas oublier que l’article ne se lit pas dans l’ordre : le regard du lecteur marche, court, saute, furète … Du titre principal à la photo et sa légende, en passant par un intertitre du centre, puis de retour vers le chapeau et les premières lignes de l’article ! Le lecteur « tourne autour » de l’article. Donc l’article est un ensemble vu plus que lu au début : ne pas hésiter à jouer sur les niveaux de titres, leur taille, un encadré, une partie sur fond de couleur ou grisé (informations secondaires à faire passer en petits blocs), des photos ou des dessins.

    Le lu est la masse "grise" (le jeu des noirs et des blancs du texte) dans lequel se lance le lecteur, une fois qu’il a été séduit ou piégé par la typographie et la maquette. Il ne doit pas s’étendre en masses non coupées, non entourées de blancs, de titres, de blocs illustratifs.

    Le sens se voit aussi : les illustrations

    Ce sont les photos, les dessins, les graphiques. Ces éléments visuels ont aussi un sens. S’ils illustrent platement ce qui est écrit, cela aère, certes. Mais ils doivent être porteurs d’un sens eux aussi. Une illustration ne doit pas figurer avec un article sans une légende, un lien entre le tout visuel et le tout textuel. Il est bon de se constituer, avec les photographes, les dessinateurs de l’équipe, mais aussi en puisant dans des viviers libres de droit sur Internet, un ensemble imagé sur des sujets sociétaux, des lieux, des éléments significatifs de la vie de l’établissement. Si l’on n’utilise pas ces outils dans le numéro en train de s’écrire ou pourra les placer une prochaine fois mais avec pertinence, toujours.

    S’ADAPTER A SES MOYENS TECHNIQUES

    Les kilomètres

    Les articles sont écrits (au brouillon, au format word), les illustrations adéquates sont prêtes, on a déjà la maquette… Il reste à saisir les articles dans les pages. Comment ? Avec des logiciels de mise en page, qui sont, en gros, des moules dans lesquels on coule la pâte.

    Il est conseillé de demander aux journalistes de saisir leur texte « au kilomètre » sans mise en page, « c’est-à-dire en continu ». Le texte saisi ne comporte que « les retours à la ligne et les passages en italiques ( propos tenus par une autre personne, expressions figurées, familières, en langue étrangère) ».

    Affronter le monstre

    Plusieurs lectures sont nécessaires pour « traquer » coquilles, fautes d’orthographe. On appelle monstre la « pré-maquette » du numéro, ce qui a été décidé, affiché au mur ou dessiné au tableau. On se rend compte de l’ « encombrement » (dimension en hauteur d’un texte composé) de chaque article dans la « page définitive ». Pour cela on parle en signes (espaces compris), lesquels sont comptés automatiquement dans un texte saisi en word (Aller dans Outils et dans Statistiques). On parle de « calibrage ».

    « Je coupe-je colle : l’art du montage » / Les logiciels de mise en page

    Pour chacune des pages, on doit réaliser le document définitif. Avec des logiciels de montage, on apprend à les maîtriser et le montage s’effectue à l’écran. Le logiciel sert à faire ce qui s’opérait à la main avec des ciseaux et de la colle. Autrefois, chaque page était rangée dans une chemise de carton avec ses illustrations. Maintenant, l’on a une suite d’écrans, les wagons du train définitif.

    Plus les logiciels sont chers et professionnels, plus l’écoulement de la pâte dans le moule est facile. C’est injuste pour les équipes de rédaction d’élèves et d’enseignants. Il est recommandé d’aller sur Internet explorer les différents logiciels du marché, de lire les modes d’emploi, de savoir quelles manipulations sont à effectuer avant d’acheter l’un de ces logiciels avec le budget qui aura été consenti à la rédaction ou « club journal ».

    S’il existe une personne ressource en matière numérique dans l’établissement, il est bon de se faire conseiller, aider par elle. Le temps que l’on passe à découvrir, à s’énerver sur le programme de mise en page semble du temps perdu. Ce n’est pas le cas. L’on souffre au début, mais ensuite on gagne en temps et en qualité de publication du journal. Il y a des logiciels gratuits. Il est bon de commencer par ceux-là peut-être. Certains ont le format magazine avec les pages qui tournent à l’écran. La composition de la page n’est pas toujours libre et diversifiée, mais ce n’est qu’un début, pour se faire la main.

    On n’est pas tenu de se lancer dans la publication tout de suite, on peut avoir le souci d’expérimenter avec un numéro 0 ou prototype, plusieurs publications du même numéro expérimental, 0-1, 0-2 avec des améliorations continues. L’essentiel est de progresser, d’améliorer la pratique de l’équipe rédactionnelle, d’améliorer la prise en compte du lectorat, d’amender la ligne éditoriale, l’usage du logiciel. On n’est pas tenu à la réussite immédiate. Des journaux professionnels ont eu des débuts difficiles.

    FINANCER, ANIMER, VENDRE

    Il existe trois niveaux de démarche informationnelle

    - le niveau légal : il sera « en accord avec la réglementation sur la presse »
    - le niveau responsable : il sera « en accord avec la déontologie » journalistique
    - le niveau d’indépendance : il sera « en accord avec votre propre jugement »

    Créer un club journal : les obligations

    « Parmi les structures possibles pour votre journal, il y a la création d’un club journal au sein de votre établissement, dans le cadre du foyer socio-éducatif (ou Maison des lycéens) ». Le club peut « gérer un budget avec recettes et dépenses ». Si le club demande une aide à l’administration (achat d’un logiciel, d’un appareil photo de qualité…) il faut accepter un droit de regard de sa part : « Ce sont les engagements que vous prendrez quant au contenu qui assureront votre crédibilité auprès du chef d’établissement et vous pourrez ainsi demander à ne pas passer devant un comité de censure avant la diffusion de chaque numéro ».

    Organiser son autonomie

    « Diverses subventions peuvent être sollicitées auprès d’organismes publics : mairie, conseil régional à la culture ou autres organismes culturels. » La création d’une association à but non lucratif du type loi du 1er juillet 1901 « peuvent être utiles pour exister comme ‘’personne morale’’ lors d’une demande de subvention » ou pour « ouvrir un compte bancaire pour les recettes et les dépenses ». Pour créer une association du type précédent, demander conseil à l’administration de l’établissement, à la préfecture…

    Publicités et sponsors

    Intégrer de la publicité dans le journal est un moyen de « renforcer les recettes du journal » s’il est un journal papier ou numérique. On démarche les commerçants de la commune, proches de l’établissement parfois, et on les convainc que le lectorat (élèves certes mais aussi parents de ceux-ci) est un client potentiel chez eux. Cela peut se traduire par « un espace » loué en bonne place dans le journal (dernière de couverture par exemple).

    Normalement « les pratiques publicitaires sont interdites en milieu scolaire par une circulaire qui date de 1976 (circulaire 76-440 de décembre 1976) ». Il faut donc soumettre l’idée au chef d’établissement qui peut considérer que la publicité soit relève du monde culturel soit relève du « soutien à la vie locale ». Il est évident que « les annonceurs ne vont pas se jeter sur vos colonnes ! », mais si le journal fonctionne bien, en général, les commerçants accueillent bien les propositions d’élèves citoyens, soucieux de leur liberté d’expression, de leur envie de s’insérer dans la vie de la cité. Ne pas donner le sentiment que les commerçants vont faire acte de bienfaisance, il faut défendre son projet, le montrer comme viable, plein d’idées, destiné à conquérir un lectorat.

    On peut réaliser des annonces publicitaires de sortie imminente du numéro abouti (affiches, flyers originaux) à placarder dans l’établissement, à glisser dans les cahiers de textes officiels des classes, puis à distribuer, afficher à l’extérieur (chez des commerçants qui deviendront des annonceurs ensuite)…

    Soutenir la diffusion

    Ne pas imaginer que parce que le journal est bon, il va connaître une diffusion extraordinaire. Se faire connaître, être lu régulièrement demandent un certain temps, une stratégie, une logistique. Si le journal est sur support papier et payant (ne pas exagérer le prix, mais ne pas le sous-estimer non plus), on peut le faire connaître à la presse locale, le service de communication de la mairie (diffusion dans plusieurs établissements scolaires).

    Monter des événements

    On peut monter des événements pour la sortie du numéro 1 ou d’un numéro spécial avec des « fêtes, kermesses, loteries et tournois sportifs » ou alors utiliser ces événements comme éléments de diffusion. En lycée, on peut organiser une « réunion-débat » sur un article phare du numéro en question, sur un sujet sociétal ou propre à l’établissement

    Prendre connaissance des autres journaux scolaires

    Chaque année le Clemi édite des revues de presse des journaux scolaires et lycéens (écoles, collèges, lycées : « Elles ont pour objectif de valoriser l’expression des élèves dans leurs journaux, au sein de l’Education nationale et au-delà. » Cela ne peut manquer de stimuler les élèves quand ils observent et lisent une production de « collègues » jeunes journalistes.

    Cette revue de presse annuelle « est établie sur la base d’une sélection effectuée à partir de la totalité de vos journaux qui parviennent au Clemi dans le cadre du dépôt pédagogique […] Elle se présente sous la forme d’une brochure de seize pages couleur et grand format qui ‘’met en scène’’ les articles et les dessins extraits de vos journaux. » La revue de presse est thématique mais il existe aussi une « revue de presse de contenu » proposant des analyses détaillées de « plus de cent vingt titre de journaux lycéens » [cela pour l’année 2002/2003, l’ouvrage datant de 2005]. Elles sont consultables ou téléchargeables sur le site du Clemi.

    CITOYEN LYCÉEN, INFORMER EST TON DROIT

    Depuis la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, « Dire et écrire ce que l’on pense, recueillir des informations et les rendre publiques est un droit dû à tout citoyen ».

    Partout dans le monde, le pouvoir de diffuser des informations « se protège et se revendique comme un bien précieux ». En effet, il est aisé à des pouvoirs non démocratiques de bâillonner la presse et les médias d’information. En France, la loi du 29 juillet 1881 sur la presse est la « base du système juridique de la presse française, même si d’assez nombreuses modifications y ont été apportées ». En ce qui concerne la presse lycéenne, elle existe depuis longtemps mais il n’y a qu’en 1991 que des « conditions particulières » de sa parution ont été adoptées.

    Jusque-là, chaque proviseur établissait « ses propres limites » parce qu’il assumait la responsabilité de tout ce qui se publiait dans l’enceinte de son établissement. Les « nouvelles dispositions réglementaires » de 1991 « déplacent la responsabilité du chef d’établissement vers les élèves ». L’élève, désormais, dans son lycée, est un citoyen responsable de ce qu’il dit et écrit.

    La loi d’orientation de l’Éducation nationale de 1989 disait déjà :

    « Dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression. L’exercice de ces libertés ne peut porter atteinte aux activités d’enseignement. »

    Le ministère souhaitait faire une place à la parole des jeunes dans un cadre démocratique, permettant « l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité ». L’élève est une personne, il a la possibilité de mettre en pratique dans un journal, espace à la fois sérieux et ludique, des notions abstraites d’éducation civique. Rien de plus constructeur de la personnalité et de l’esprit.

    En 1990, le ministère publiait le décret suivant (n°91-173 du 18 02 1991, portant modification du décret n° 85-924 du 30 août 1985. Titre 1 « Droit des élèves », extrait article 1) :

    « Les publications rédigées par les lycéens peuvent être librement diffusées dans l’établissement. Toutefois, au cas où certains écrits présenteraient un caractère injurieux ou diffamatoire ou en cas d’atteinte grave aux droits d’autrui ou à l’ordre public, le chef d’établissement peut suspendre ou interdire la diffusion de la publication ; il en informe le conseil d’administration. »

    Odile Chevenez et Pascal Famery proposent ensuite des encadrés complets renvoyant à des passages législatifs plus longs, toutes lois ou décrets confondus. Qu’en dire brièvement ?

    La loi établit le principe de la liberté d’expression des élèves, dans les lycées, les établissements régionaux d’enseignement adapté.

    La liberté d’écrire, publier, diffuser s’exerce sans autorisation ni contrôle préalable et dans le respect du pluralisme. Plusieurs publications peuvent donc coexister dans le même établissement si les élèves souhaitent appartenir à des rédactions différentes. La liberté d’expression peut être individuelle ou collective, ce type d’exercice ne nécessitant pas de constituer une structure de type associatif :

    « Il serait toutefois dangereux de laisser croire aux lycéens que leur liberté obtenue, ils n’ont pas de limite et qu’ils ne risquent pas de voir mettre en cause leur responsabilité. » Tout est réglementé et comporte des « sanctions civiles et pénales à la mesure de la liberté d’expression reconnue par la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 modifiée »

    Quelles sont les règles à respecter ?

    « -La responsabilité personnelle des rédacteurs est engagée sous [leur] nom ou sous anonymat
    - Les écrits divers (tracts, affiches, journaux, revues) ne doivent pas porter atteinte aux droits d’autrui ou à l’ordre public
    - Les écrits ne doivent pas être injurieux, diffamatoires, porter atteinte à la vie privée. Les rédacteurs s’interdisent calomnie et mensonge. La loi sur la presse qualifie d’injurieux l’écrit qui comporte des expressions outrageantes, qui ne contient pas l’imputation d’un fait précis ; elle qualifie de diffamatoire toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé
    - Le droit de réponse de toute personne mise en cause […] doit être assuré à sa demande »

    Quelles responsabilités sont encourues ?

    - Les lycéens doivent être conscients que […] leur responsabilité est pleinement engagée devant les tribunaux tant sur le plan pénal que sur le plan civil. Dans le cas d’élèves mineurs, non émancipés, la responsabilité est transférée aux parents

    Le rôle des chefs d’établissement

    « -Ces principes ainsi posés, le chef d’établissement ne saurait se désintéresser des publications rédigées par les lycéens.

    - […] il conserve […] un pouvoir essentiel d’appui, d’encouragement ou à l’inverse, de mise en garde, qui peut faire de lui un conseiller très écouté des élèves. [Il convient d’en venir à la] concertation et à la discussion confiantes […] pour le bon fonctionnement de l’établissement et la qualité des relations entre enseignants et élèves.

    - […] dans les cas graves[…] le chef d’établissement est fondé à suspendre ou interdire la diffusion de la publication dans l’établissement […] Lorsque la décision est prise, il en informe par écrit le responsable de cette publication en précisant les motifs de sa décision ainsi que la durée pour laquelle elle est prononcée. […] Il paraît important […] que cette question soit évoquée lors de la réunion du conseil des délégués pour la vie lycéenne préalable à celle du conseil d’administration. »

    Les publications de presse au sens de la loi du 29 juillet 1881

    « -Les lycéens qui le souhaitent peuvent se placer sous ce statut relativement contraignant. Il implique en effet le respect d’un certain nombre de règles de formalité, telle que la désignation d’un directeur de publication, qui doit être majeur, une déclaration faite auprès du procureur de la République, concernant notamment le titre du journal et son mode de publication, et le dépôt officiel de deux exemplaires à chaque publication

    - Les publications internes à l’établissement : ces publications ne peuvent pas être diffusées à l’extérieur de l’établissement

    - Dans ce cas, les lycéens ne sont pas assujettis à l’ensemble des dispositions relatives aux publications de presse. Ils doivent seulement indiquer au chef d’établissement le nom du responsable de la publication et, le cas échéant, le nom de l’association sous l’égide de laquelle cette publication est éditée

    - Le responsable de la publication peut être un élève majeur ou mineur. Dans ce dernier cas, il devra bénéficier de l’autorisation de ses parents dont la responsabilité est susceptible d’être engagée.

    - […] conformément à la circulaire n° 2001 du 26 septembre 2001, le fonds de la vie lycéenne ne peut contribuer au financement des publications internes réalisées par les élèves.

    - Les publications scolaires doivent faire l’objet d’un ‘’dépôt pédagogique’’ auprès du Clemi (circulaire n° 2002-025 du 1er février 2002)

    La formation des lycéens

    « -La reconnaissance du droit à l’expression écrite des élèves s’accompagnera d’un dispositif de formation

    - Le recteur veillera à ce que des stages répondant à ces objectifs soient inscrits au programme académique de formation.

    - Il s’agira d’apporter les connaissances propres à cet outil spécifique de communication qu’est la presse, mais encore d’aborder les notions juridiques de base qui s’appliquent à ce domaine. »

    Des textes juridiques complexes : des questions simples pour clarifier certains points

    De quels journaux s’agit-il ?

    Des journaux rédigés par les lycéens, soit à leur initiative, soit sous la responsabilité d’un professeur, parent, membre de l’administration. Il peut s’agir d’un journal dans le cadre d’un cours, d’un club, d’une équipe de lycéens autonomes organisés ou non en association. Si le proviseur ou un professeur est désigné comme directeur de publication

    Le proviseur peut-il censurer un journal d’élèves ?

    Il ne peut pas exercer de censure préalable sur un journal dont il n’est pas directeur de publication. Il ne peut demander à voir la maquette, par exemple. Il doit attendre le journal fait. Sa responsabilité est dégagée avant la « mise en circuit de la publication ».

    Lorsque le journal est publié (mais pas encore diffusé), il est de sa responsabilité de surveiller le respect des règles de déontologie de la presse et d’engager le dialogue avec les élèves. S’il découvre des manquements graves à ces règles, il a la possibilité de suspendre la publication ou de l’interdire. « Mais il n’est pas question par exemple d’interdire la diffusion d’un journal parce qu’il prendrait une ’’position trop marquée’’ , dans la mesure où il respecte les règles de la déontologie de la presse et ne perturbe pas la vie scolaire. »

    La notion de « position trop marquée » est vague parce que la formule doit pouvoir couvrir toutes les opinions qui sont susceptibles de faire débat mais néanmoins respectueuses de la démocratie et des Droits de l’homme.

    La circulaire encourage les proviseurs à s’intéresser aux publications réalisées dans leur établissement.

    Peut-on craindre des abus ?

    Les textes ont pour vocation de rassurer les chefs d’établissement en leur proposant un cadre de responsabilités « dans le domaine de la liberté d’expression des lycéens ». Il les encourage à faire preuve d’écoute, de concertation, « afin d’éviter les interférences entre liberté d’expression et les sanctions disciplinaires. […] la concertation est souvent plus efficace pour protéger l’ordre à l’intérieur du lycée que la suspension de la parution d’un journal ».

    Quels sont les grands principes soulignés par les textes pour assurer l’existence de la presse lycéenne dans les établissements ?

    Le principe de la neutralité, de la laïcité, dans le respect de toutes les croyances et de toutes les convictions. Il n’est toléré aucun prosélytisme : politique, religieux, commercial.

    Il est indiqué que plusieurs publications peuvent exister dans le même établissement. Est-ce viable ?

    Cette situation peut exister, même si elle n’est pas très fréquente. C’était le cas, il y a quelques années dans le lycée Emmanuel-Mounnier de Grenoble qui possédait le journal Et alors ? et Oghma ; ou le lycée Condorcet de Paris où coexistait Noir sur Blanc et Le Condor c’est ta muse. La micro-société d’un lycée reflète la pluralité sociale hors les murs. Chaque titre trouvait son lectorat, et les deux rédactions étaient stimulées par cette concurrence.

    UN PEU DE DROIT DE LA PRESSE…

    Jusqu’en 1991, c’est le chef d’établissement qui était tenu responsable des écrits des élèves de son établissement. Cela a évolué : aujourd’hui « les lycéens assument eux-mêmes la responsabilité civile et pénale de leurs écrits ». Ils sont soumis « à la législation sur les délits de presse ». Comme « nul n’est censé ignorer la loi », leurs publications sont lues à la loupe pour vérifier qu’ils ne l’ignorent pas. Le conseil d’Odile Chenevez et Pascal Famery est simple. Avant d’écrire, réfléchir : « mieux vaut connaître les principales limites et contraintes juridiques qui accompagnent la liberté de la presse » jeune.

    Une liberté limitée

    Qu’est-ce que la norme en presse jeune ? Celle édictée par la loi de 1881. Dans les publications des élèves, « en principe », s’il y existe « limitations ou interdictions », elles reposent sur le « souci d’ordre public ou de protection des personnes ». Elles doivent être l’exception. Dans certains cas, il est difficile d’établir si le passage d’un écrit se trouve ou non diffamatoire. Mais les délits constatables font « bien souvent l’objet de tolérance ».

    Diffamation et injure

    L’on comprend que les élèves rédacteurs sont soucieux, autant pour eux-mêmes que pour les autres élèves de l’établissement « de dénoncer les injustices, les abus » dont ils sont victimes, « les témoins ». Évoquer « la réalité » en devant mettre en cause des personnes (physiques ou morales) n’est pas chose facile, et il est conseillé dans ce cas de peser ses mots, de mûrement penser son article.

    Diffamation

    De quoi s’agit-il ? D’entrer dans « [t]oute allégation ou imputation qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps (groupe social constitué) » à qui cela est imputé.

    Plus grave : les propos ne sont pas les seuls à être pris en compte. On peut se formaliser du « ton », voire des « intentions ». La diffamation est l’imputation d’un fait précis à une personne précise ou à un groupe non nommés mais « identifiables ». Il y a diffamation même si les faits sont « parfaitement exacts ».

    Si l’auteur de la diffamation peut la prouver matériellement ou par un témoignage, il est alors considéré comme de « bonne foi », sans « malveillance » et peut être « relaxé ». Dans certains cas, « la preuve de la vérité n’est pas recevable », notamment quand cela touche la « vie privée ». C’est aussi le cas pour une personne diffamée, qui avait été incriminée et dont la faute est prescrite. A fortiori si la personne a été amnistiée, réhabilitée.

    L’injure

    Est considérée comme injure « toute expression outrageante, terme de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait ». Même si les mots, les expressions de l’injure ne sont pas clairement définis, « la tolérance en la matière est assez sévère ». Contre qui l’injure est particulièrement punie ? Les ministres, les députés, les corps constitués, les cours et les tribunaux, l’armée, l’administration publique. Quand il s’agit du président de la République, l’injure devient « outrage » et connaît des « peines lourdes ». Également les personnes « en raison de leur origine, de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». On peut ajouter maintenant l’orientation sexuelle.

    Le droit de critique

    Si les journalistes font l’objet de poursuites, ils ont tout de même un « droit de critiquer, polémiquer ». Il faut faire preuve de bonne foi et ne pas manifester d’ « animosité personnelle ou d’intention de nuire ». Dans le cas de la critique artistique, littéraire par exemple, la liberté de critique est assez grande dès lors qu’on ne vise pas l’ « honneur », la « considération », la « probité ».

    Incitation au pire

    Les journalistes jeunes s’emparent facilement de sujets difficiles à traiter : « [l]a violence, la drogue, le suicide, le racisme ». Dès lors que le sujet est abordé pour en évoquer les côtés dangereux et négatifs, cela va, mais il y a faute grave si l’on incite « au vol, meurtre, pillage, incendie, coups et blessures, mauvais traitements, crimes contre la sûreté de l’Etat ». Inciter est une chose, si cela est suivi d’effets, même sous la forme d’une tentative (et donc même de non réalisation du délit), c’est gravissime. Selon « la loi du 16 juillet 1949 », il est formellement interdit de :

    « publier des articles, ou des images présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche et tous les actes qualifiés crimes ou délits, ou de nature à démoraliser l’enfance et la jeunesse, ou à inspirer et entretenir des préjugés ethniques. »

    Les auteurs n’abordent pas le problème du journal numérique. Si un juge est amené à examiner un site, un blog tenant lieu de journal scolaire et présentant des liens vers des sites contenant tout ce qui précède, il y a délit pour le directeur de la publication, lequel doit être mentionné.

    Fausses nouvelles…

    Le rôle du journaliste étant de produire et diffuser des nouvelles « vraies », c’est-à-dire ‘’sourcées’’, recoupées, le plus clairement et le plus honnêtement possible ; débiter des mensonges transformés en "nouvelles" est le comble de la faute. Mais dans le cas où elles ont troublé l’ordre public : « la publication, la diffusion ou la reproduction de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers » sont punissables. Les rumeurs, les fausses nouvelles concernant « la discipline ou le moral des armées », l’entrave à l’ « effort de guerre de la nation » sont très « réprimées ». En période électorale, gare à qui a « pour but de détourner des suffrages ou d’entraîner les abstentions en période électorale ».

    Interdiction de publier

    « Vous avez un scoop ? Vous l’avez vérifié ? Vous êtes sûr de la véracité des révélations que vous allez faire ? Bravo, mais attention, il existe encore des informations qu’il est interdit de publier, même si elles sont exactes. »

    Interdictions relatives à la justice

    Les interdictions les plus nombreuses ont trait à l’administration de la justice. Au « stade de l’information, de l’instruction ou de la procédure, des débats, de la publication des jugements, de leur suite ». Selon l’article 226 du code pénal, se verra punir…

    « quiconque aura […] publiquement cherché à jeter le discrédit sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans les conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance » par voie de presse.

    Mais sont autorisés « les commentaires purement techniques, les actes, les paroles, ou écrits tendant à la révision d’une condamnation. » Dès qu’il est question de justice, la plus grande prudence est recommandée. Les enseignants peuvent se dire, à tort, que leurs élèves n’aborderont pas ces sujets. Il suffit d’un grand procès, très médiatique, sur un sujet sociétal ou de « people »…

    Attention également aux informations concernant les mineurs : interdiction d’évoquer le suicide de mineurs (sauf autorisation du procureur de la République pour la presse professionnelle), leur fugue, leur abandon, leur délaissement par écrit et a fortiori avec des photos. L’identité des mineurs doit toujours être protégée, même s’ils sont recherchés pour crime ou délit.

    Autres interdictions

    La justice est très sévère à l’endroit des propos tenus sur l’armée : informations militaires, secret de la Défense nationale, « incitation des militaires à la désobéissance dans le but de les détourner de leurs devoirs », « provocation à l’insoumission », à la « désertion ». Éventuels « outrages aux bonnes mœurs ou ayant attiré l’attention sur une occasion de débauche », ou propos sur les « travaux des commissions d’enquêtes parlementaires ».

    Protection de la vie privée

    On ne peut enregistrer, photographier personne « sans son consentement » et publier numériquement ou sur papier ces éléments. Faire attention avec des photos de personnes que la rédaction ne connaît pas, elles pourraient « s’en plaindre ». Le plus simple, pour le droit à l’image, consiste à faire remplir une autorisation de publication par les parents de mineurs.

    Dans le cas de l’interview, du recueil de propos, même si le journaliste peut élaguer des phrases, modifier légèrement les termes, la matière du discours, le propos ne doit pas être déformé. Ne pas faire dire ce qui n’a pas été dit. Si un interviewé le demande, on a le devoir de lui soumettre le recueil de propos pour qu’il rétablisse ce qu’il estime nécessaire. Droit à la parole, à l’idée, comme il est un droit à l’image.

    Reproduire : un article, une image

    On peut estimer qu’un texte, des images (photos, dessins, planches de BD) sont absolument intéressants, qu’il est très difficile d’en rendre compte par soi-même au lieu de les restituer tels quels. C’est une erreur. Ce sont les œuvres, les productions de l’esprit d’un autre. C’est encore pire d’user de ces éléments, qui appartiennent à d’autres, en les faisant passer pour siens, en imaginant que le lecteur n’y verra que du feu.

    C’est un usage illicite, qui lèse le « propriétaire » et qui trompe le lecteur de bonne foi. S’il s’agit d’éléments découverts sur Internet, sans mention d’appartenance (copyright), il est possible d’en user à petite dose (quelques lignes, une image retravaillée en la réduisant par exemple) et d’indiquer « droits réservés ». Le lecteur saura que vous empruntez, que vous citez. Dans le cas d’une citation (textuelle, imagée) dont la source est indiquée, la mentionner est obligatoire.

    Cas particuliers

    Une « information brute, non commentée » ne forme pas une œuvre, elle est utilisable et l’on peut la travailler. Le travail de rédaction, de mise en forme qu’on pratique pour le journal est une œuvre, la sienne. Dans le cas de revues de presse, les passages prélevés dans les textes sont arrangeables à sa guise, on les distingue cependant de ses propres mots par des guillemets.

    Assumer la responsabilité de ses écrits

    Un article qui s’attaque violemment à quelqu’un, même s’il est signé, s’il est écrit en termes choisis, peut être douloureux pour la personne prise à partie. Même si les faits imputés sont vrais, l’on est soumis à la loi : écrire par exemple qu’un « enseignant a giflé un élève peut entraîner une plainte en diffamation, même si c’est vrai. Et il sera bien souvent difficile d’en apporter la preuve de la vérité ».

    Le journal lycéen n’est pas une tribune de règlements de compte par média interposé. L’enseignant chef de la rédaction, ou considéré tel, est là pour indiquer qu’un article de ce type n’a rien d’informatif au sens noble du terme. Si une gifle a été donnée, ce sont les parents de la victime de la gifle qui sont en droit et devoir d’assumer le fait, et ils pourraient invoquer l’infraction au droit de leur vie privée si un article venait à en parler.

    Dès lors que le droit de la presse est un minimum connu, il est assez facile de ne pas commettre d’erreurs. L’écriture d’un journal est une activité collective, le journal est un lieu de réflexion et de débats qui amène toujours à trouver le bon sujet, le bon article, le meilleur ton pour informer les lecteurs.

    Les thèmes traités dans les journaux lycéens ou scolaires sont toujours positifs et enthousiasmants pour les élèves journalistes jeunes, quand le directeur de publication, le chef de la rédaction adulte ne les imposent pas, quand les journalistes jeunes ont des idées, de l’imagination de manière à les proposer en conférence de rédaction.

    Le journal lycéen n’est pas une vitrine pour l’établissement, ni un organe de révolte ou une corvée pour les journalistes jeunes.

    Goût de décrypter, de comprendre, de rendre compte, d’écrire, tolérance, respect des autres, dialogue entre les générations, meilleure connaissance du fonctionnement de l’établissement sont les qualités ou les motivations du journaliste jeune.