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    Publié : 19 octobre 2012

    A-t-on encore besoin des journalistes ? Manifeste pour un journalisme augmenté

    Eric Scherer - PUF - mai 2011 / Première partie

    Éric Scherer a écrit "A-t-on encore besoin des journalistes ?" au second semestre 2010, avant de rejoindre France Télévisions dans la nouvelle équipe de direction. Son propos repose sur sa veille mondiale et de prospective menée au cours des années précédentes pour l’Agence France Presse, dans le cadre d’un Observatoire mondial des médias "AFP-Média Watch" susceptible de décrire la façon dont les médias prennent le "tournant numérique".

    Dans son Introduction à la médiologie, parue en 2000, Régis Debray raisonnait sur la révolution technique de cette année-là, le millenium. Eric Scherer fait la liste de ce qui n’existait pas alors : « connexions Internet à haut débit, blogs, podcasts, flux RSS, Google News, Gmail, Youtube, Facebook, Twitter, iTunes, l’univers des applications, les écrans plats, la DD, la 3D, le Wi Fi, la géolocalisation, les métadonnées, l’iPod, l’Internet mobile, les smart-phones, l’iPhone et le BlackBerry, les tablettes, Androïd, l’iPad, leslecteurs e-book, le streaming vidéo, la télévision connectée… »

    Selon Eric Scherer tout cela relève d’une révolution transformationelle, qui est une crise transformationnelle pour les journalistes des médias d’information. Séisme du même ordre que l’invention de l’imprimerie pour les moines copistes et illustrateurs de manuscrits. Il faut faire commencer cette extrême révolution dans les années 2003-2004 : les agents politiques, économiques, sociaux mais aussi le grand public ont pris conscience que les barrières de la création et de la diffusion des idées étaient tombées. Les utilisateurs d’Internet de type contemplatif se sont mués pour une grande part en usagers contributifs. L’Internet 2.0 était né. Puis, dans la foulée, c’est l’Internet social, en réseaux, qui s’est généralisé et a causé le cauchemar des journaux papier mais aussi des journaux en ligne, statiques, qui ne fournissaient pas un droit de réponse ou de contribution à leurs lecteurs.

    On assiste à une démocratisation de l’écriture qui passe par une écriture publique grâce à des outils et services d’autopublication. Les internautes ont pris le contrôle des moyens de production et de diffusion de leurs écrits. Chacun bénéficie de son imprimerie (le blog), de sa station de radio (podcast) ou de sa chaîne de télévision (YouTube) et se tourne vers les autres, ses pairs, pour rendre publiques des soirées, des fêtes, des amitiés ou des amours sur le tableau d’affichage Facebook. La nouvelle logique de l’information de flux du many to many (tous-vers-tous) a prévalu sur le one to many (l’un-vers-tous), c’est-à-dire la publication d’information d’actualité par un seul journaliste vers des milliers de lecteurs ou information de mass media.

    Le public, en matière d’information, a appris à aller picorer sur n’importe quel sujet, en explorant, trouvant, découpant, assemblant ce qui lui convient dans une démarche d’éditeur. Le journaliste ne dicte plus ses choix et ses analyses aux autres, car l’oligopole a vécu, il prend conscience qu’il n’est plus le seul à rendre compte du monde. Internet a fusionné toutes les plates-formes et il offre même un service de déstockage des données personnelles en nuages ou clouds. La machine de l’internaute n’atteint pas de saturation et reste disponible pour des recherches toujours plus nombreuses en textes, sons, images. Eric Scherer observe notre modèle technique actuel et dénombre dix points qui changent la donne en matière d’informations :

    1. La valeur économique d’usage des médias traditionnels s’effondre

    Les nouveaux médias numériques ont de faibles coûts de production et de distribution et peuvent être pilotés par des équipes réduites. La rupture est à la fois économique et sociétale car le public n’est plus le même. Il consomme beaucoup mais ailleurs et partout et il souhaite un accès à une information enrichie techniquement et dans une autre optique éditoriale

    2. L’abondance informationnelle remplace la rareté cultivée par l’ancien journaliste

    L’internaute bénéficie d’un déluge de sources d’informations, décentralisées, numérisées, disponibles, souvent gratuites, offrant la souplesse de l’ubiquité, de l’instantanéité.

    3. Le public a plus de disponibilité pour s’informer mais son attention diminue

    Les sondages tendent à montrer que le public passe de plus en plus de temps à s’informer, cependant l’attention qu’il accorde aux médias même numériques est très courte et morcelée. Il est très difficile à des journaux papiers et à leur annexe en ligne d’offrir des informations éclair, vite consommables.

    4. Une économie de la demande par le public remplace l’offre du journaliste

    Le public réclame des « niches » et services très ciblés qui remplacent les offres généralistes : « Désormais, le prime time c’est my time ».

    5. L’information d’actualité perd de la valeur sociale

    L’autorité et l’influence des journalistes des grands médias sont contestés. Un éditorial du Monde ou de Libération a moins d’importance qu’il y a vingt ans. Les natifs numériques accordent leur confiance à leurs amis qui les renseignent sur les réseaux plutôt qu’à des journalistes magistraux.

    6. Les nouvelles technologies creusent le fossé des générations, ce qui accroît les problèmes culturels dans les médias

    Maintenant les « jeunes » face aux médias ne se sentent pas obligés de reproduire les schémas de pensée et les pratiques des journalistes. On se tourne vers Facebook par souci d’innovation et peut-être d’illusion d’être en live avec la vie du village global. Connecté en vie avec la vie.

    7. Internet est le nouveau grand média convergent du XXIe siècle

    Plusieurs secteurs d’activité, les médias, les télécommunications, l’informatique sont en train de fusionner pour proposer des services complexes : tout le monde a son site. Les journaux sont contraints de passer en ligne et de faire de la vidéo, les télévisions doivent écrire en web sur un site second tout comme les radios. Les jeunes ne comprennent pas pourquoi ces médias n’en forment pas un seul. Désormais un grand téléviseur de salon permet d’aller sur Internet pour accéder à une messagerie, à des réseaux, pour naviguer et acheter tous biens de consommation, pour accéder à des programmes à la demande par paiement virtuel, et puis accessoirement de « regarder la télé ».

    8. Il naît une opposition ouverture / fermeture

    On assiste, alors que ce n’était pas le cas au début, à des phénomènes de fermeture, sur Apple et ses applications, Facebook, les opérateurs mobiles. Cette fermeture relève du commerce, c’est le contraire de Google en open source (pour l’instant), gratuité collaborative et interactive. On paiera de plus en plus et l’on sera entre soi.

    9. La concurrence ne vient plus des pairs

    Google est le plus grand acteur média mondial. Il a commencé petit. On assiste à l’existence, aujourd’hui, de centaines de petites unités gratuites, car flexibles, qui vont se rendre indispensables et faire payer.

    10. La destruction de valeur va de plus en plus vite

    Les « modèles d’affaires », comme structures financières et sociales des journaux, sont en train de voler en éclats. C’est le facile, l’imbattable, l’attractif qui règne, d’abord gratuit (il ne faut pas tout voir en noir, Internet reste grosso modo plutôt gratuit : utilité publique, connaissances, partage) puis payant

    La tradition ne constitue plus un modèle économique

    Pour les médias traditionnels le problème n’est pas l’audience mais les revenus, fournis par les annonceurs. Les parts de marché font peau de chagrin. Aussi les journaux passent-ils sur Internet, mais les annonceurs ne suivent pas. Il n’y a pas monétisation. Depuis 2000, des milliers de postes de journalistes ont disparu ou se sont diversifiés :

    "Le mot révolution est rivé dans ma tête […] Nous vivons une révolution qui menace nos journaux, nos entreprises et les journalistes […] Les révolutions sont chaotiques, elles brisent des vies, les révolutions sont violentes." (Charlotte Hall, Orlando Sentinel)

    Quinze ans après l’arrivée de l’Internet dans la presse, le Web arrive à peine à représenter 10 à 15 % des journaux. Les médias classiques sont pris en sandwiche entre les milliers d’acteurs en réseaux qui s’échangent des informations personnelles et de communauté et les géants : Google, Microsoft, Yahoo !, Orange, AOL qui veulent être des mass media sociaux. La seule règle de la survie : l’argent. La publicité rémunère l’invention ou des modèles impossibles à copier (journaux fiables, exacts, analytiques, créateurs de hiérarchie informationnelle pertinente). L’information devient banale, cependant des voix s’élèvent au U.S.A : l’information indépendante est un bien public, consubstantiel à la démocratie, dans un cadre non-profit.

    Mais la miniaturisation et la facilité d’utilisation des instruments doit être surveillée et investie par l’information publique pour être consommée dans la rue, les cafés, les trains, les avions. Il faut surveiller les comportements des jeunes (y compris jeunes adultes frisant la trentaine) : les DVD sont obsolètes, les CD remisés à peine téléchargés au profit de fichiers numériques de « balade ». Les téléphones sont des alter ego, des prolongations du corps : anthropologie et ethnographie doivent être mobilisées.

    Révolution pilotée par les jeunes et bien accueillie par le public

    Des chiffres : plus de six cents millions de personnes ont une page Facebook, quatre milliards de photos ont été déposées sur Flickr et Twitter vaut un milliard de dollars… Ceci traduit un « appétit d’information et de connaissances énorme ». Les audiences Web de l’information croissent mais moins vite que celles du ludique et des réseaux d’amis d’amis. L’industrie des jeux vidéo a dépassé celle du cinéma et de la musique et l’information se transforme en mobilité addictive. Il semblerait que depuis que l’Internet existe, l’on n’ait jamais autant lu, écrit, échangé… Cependant jamais, pour l’informationnel, il ne s’est déplacé dans la sphère numérique autant de « rumeurs » et d’ « âneries » rattrapées heureusement par des sites de qualité produisant de l’expertise, de la richesse et de la diversité. Mais le fléau, c’est le « picorer », c’est le media snacking. Restriction et volatilité de l’attention.

    Les « jeunes milleniaux » sont-ils stupides ? Certainement non, c’est qu’ils ne sont pas prêts ou pas en état de payer l’information de qualité et qu’ils accèdent aux « informations importantes » de manière « fragmentée » par des voies détournées, « inédites, par le partage ».
    L’imprimé est pour eux un support très limité et pauvre, ils sont d’une culture d’écran, voire de l’image et se socialisent visuellement par les images de l’Internet. Leurs médias, comme les réseaux sociaux (Facebook ou Twitter) ont changé le journalisme. Les envoyés spéciaux, les correspondants locaux placés au milieu du « printemps arabe » ont été dépassé par les téléphones photographiques et mini-vidéo. En plus des images chocs, circulaient des milliers de conversations ou de textes commentant les événements en direct. La censure n’était plus possible, la répression était dévoilée.

    Nouveaux défis des journalistes : la lutte contre l’infobésité.

    L’industrie de la presse (mais aussi du livre, de la musique, du cinéma) s’effondre et les non-professionnels accèdent à l’expression : les journalistes sont sous tension. Le « clergé médiatique » tremble devant la fragilité de son ancien magistère et la nécessité de se transformer. Cependant les journalistes, s’ils prennent du recul, peuvent voir qu’ils sont toujours efficaces contre l’infobésité (l’obésité de l’offre informationnelle, notamment fabriquée par les non-professionnels ou des robots agrégateurs). Le journaliste « traditionnel » a son utilité : il sait construire une information, à partir de faits bruts utilisés de manière trop rapide et sensationnaliste. Le journaliste fournit une valeur ajoutée, celle de son expertise. Il sait effectuer la bonne collecte, l’investigation parfois, l’analyse, le commentaire. La nouvelle participation de l’informé ne vise pas à remplacer le journaliste, l’informateur, mais il entend coproduire quand sa participation offre réellement un plus à l’information mise en forme. Le phénomène Wikileaks [wiki = site web dans lequel le lecteur peut ajouter et compléter des données] a bouleversé les repères en 2010, quand Julian Assange avec son « ONG apatride et décentralisée » s’est mis à publier des milliers de documents secrets américains de nature militaire et diplomatique. Julian Assange est-il journaliste dans ce cas et produit-il de l’information démocratique ? Il semble que oui pour Eric Scherer. Si des sources détentrices d’informations estiment que l’ « établissement » journalistique ne fait pas son travail, soit parce qu’il ne le veut pas, soit parce qu’il en est empêché, elles auront recours à des relais comme Wikileaks qui leur garantissent l’anonymat. Le journalisme aidé ou « augmenté » par des participants crée du lien social au-delà des frontières géographiques ou structurelles. De plus, si l’appétit pour l’information n’a jamais été aussi grand, la capacité du public à bien interpréter et comprendre celle-ci ne suit pas. On a besoin du journaliste professionnel.

    Le journalisme, filtre du chaos faussement gratuit

    Le plus grand ennemi des médias n’est pas la présence du public sur le web collaboratif ou l’Internet, mais le temps dont dispose le public. Etant donné qu’on est en présence de flux factuels et de commentaires plus ou moins canalisés, l’internaute n’a plus une attention soutenue et profonde. Il navigue dans une sorte de chaos. Le journaliste est là pour filtrer le bruit de l’information. Mais peut-il lutter contre l’argent qui s’attache à la navigation ? Le butinage de l’internaute sur les sites d’information « gratuits » doit « rapporter » aux annonceurs. On comptabilise le temps passé par l’internaute sur tel ou tel site et les annonceurs proposeront leurs investissements aux sites qui retiennent le plus l’internaute. Et ce qui retient l’internaute, le fait discuter, intervenir, n’est pas toujours intéressant. Aussi "la mission de vérification, puis de suivi de l’information est bien une fonction-clé à développer fortement par les journalistes professionnels" . Il existe des « unités éditoriales partisanes et non transparentes » qui veulent contrôler l’information et l’internaute alléché par ces « unités » y perd en informations et en connaissances. La qualité des contenus constitue plus que jamais l’une des conditions de survie du journaliste mais aussi du public qui risque d’être floué.

    Enrichissement par le contexte

    La valeur ajoutée par le journalisme professionnel est la fourniture rapide du contexte. Le contexte, c’est la mémoire, la culture, la mise en perspective des problématiques de l’histoire. C’est la mémoire de toute la société. Le journaliste qui prend possession de l’outil web créera grâce à cet outil des métadonnées, des liens entre les contenus fragmentés, des liens vers des enrichissements extérieurs par d’autres médias (vidéo, graphiques animés). « Sans vouloir prôner l’avènement d’un « journalo-geek », [geek = passionné d’informatique, avec sens péjoratif de jeune prodige de l’informatique désocialisé, parfois] réjouissons nous de l’apparition d’opportunités nées de nouvelles formes de narrations numériques ». Le journaliste connecté, qui ne cesse de recouper l’info par ses interconnexions, dégage de grande lignes directrices :

    Le stylo, c’est fini ou presque. Le journaliste l’échange pour de nouveaux outils permettant d’enregistrer la voix, de prendre des photos, de filmer des vidéos. Internet a besoin de sons, d’images, fixes et animées, de bases de données, etc. Le nouveau journalisme est interactif, « 24/7 », multi-plateforme, désagrégé et convergent.

    La vidéo s’impose dans toutes les rédactions, proposant un journalisme de plus en plus visuel qui raconte le monde de manière différente.

    Comment rester pertinent ?

    Il faut opter pour la literacy, c’est-à-dire le fait de savoir lire et écrire avec le web [son opposé : « l’illétrisme Internet et numérique »] et l’on a vu des reporters chevronnés, remerciés par des journaux en difficulté, qui concurrencent leurs anciens employeurs en étant devenus des journalistes du Net. Il faut produire des contenus qui intéressent la société du XXIe siècle et non produire plus et en masse. Accepter de perdre un peu d’autorité et de contrôle pour être davantage en prise avec l’audience est l’évolution logique du journalisme. On a besoin d’un journalisme, mais un journalisme différent : qualité d’écriture, écoute, ouverture d’esprit, goût et don de l’enquête, qualité de jugement, esprit critique, transparence, humilité afin de garder la crédibilité du lectorat navigant.

    Désintermédiation massive

    « La désintermédiation, c’est la diminution, voire la fin des intermédiaires ». Pour les médias, c’est le risque d’être court-circuités dans deux sens. De bas en haut : si tout le monde peut publier, tout le monde devient un média. De haut en bas : le dirigeant politique peut décider de s’adresser directement au citoyen, l’entreprise au consommateur, l’artiste à son public. Ainsi, fin 2008, Obama court-circuite les médias grâce à tous les outils des réseaux sociaux (ses blogs, sa Web TV, ses vidéos sur Youtube, ses pages Facebook, son compte Twitter). Les sociétés de grande distribution éditent des fascicules de publicité d’abord limités, sous la forme de catalogues de photos de produits avec leurs prix en constante baisse, promotion.. Maintenant, ils éditent de petits journaux parlant des chaînes de traçabilité, des pays d’où viennent les produits écologiques, des tests en laboratoire desdits produits, des recettes pour cuisiner les produits, des conseils de beauté etc. Au-dessus des caisses, des écrans télé vantent les mérites des produits qui glissent sur les tapis roulant avant enregistrement par les caissières… Et autant de produits, autant de sites à aller visiter : les yaourts x, les biscottes y ou z invitent l’internaute à se renseigner sur les produits en question à la source industrielle même. Du producteur au consommateur.

    Les blogs : s’autopublier

    A Hollywood, The Wrap et Deadline sont deux blogs récents qui ont largement dépassé en influence les publications spécialisées Variety et The Hollywood Reporter dans « la couverture de l’industrie des médias et du cinéma ». Le site Huffington Post et le groupe de blogs Gawker ont dépassé « les trafics » d’USA Today, du Wall Street Journal et du Washington Post. Le Huffington Post possède 6000 blogueurs, est devenu le lieu de référence des conversations politiques, à l’échelle de la confédération, « au moins démocrate ». Le Pulitzer, une sorte de Goncourt, depuis 2010, peut primer un journal en ligne ou un « pure player » [un journal uniquement numérique]. Certains blogueurs célèbres ont leur carte de presse et passent aisément les cordons policiers autour des "événements". La très grande agence de presse Associated Press cite des blogs dans ses dépêches, au même titre que les autres sources d’informations. Les blogs d’amateurs comme de professionnels font partie de « l’écosystème des médias ». Ainsi, en France, Reporters sans frontières assimile journalistes et blogueurs. La preuve que le blog est un média, est la montée de la censure sur Internet sur un tiers de la planète.

    "Il n’y a pas que la Chine et le Vietnam. Nous sommes inquiets de la répression sur les Net citoyens, gens qui bloguent et qu’on met en prison […] aujourd’hui, il y a cent quatre-vingts journalistes en prison et cent vingt Net citoyens. Dans un an ou deux, il y aura plus de Net citoyens que de journalistes. Cela prend une importance croissante." (François Julliard, directeur de RSF, 2010)

    Net et première personne du singulier.

    Il semble que l’on vive la plus grande capacité expressive de l’histoire de l’homme. L’information qui était un produit rare et sacré existe en abondance. Un blogueur est un journal à lui tout seul, un placeur de vidéos sur YouTube est une chaîne de télévision à lui tout seul. C’est le règne du « je ». Mais il n’est pas dit que cette première personne soit fiable. Les internautes vont à la pêche à l’information, mais ne sont pas aussi naïfs qu’on le dit. Il savent qu’ils ont affaire à un « je » qui peut avoir des défaillances. L’autopublication peut être grevée d’autobiographie enjolivée…

    Nouvelles audiences

    Malgré la situation évoquée précédemment, jamais le public n’a recherché autant d’informations, mais également, jamais les journaux et les médias traditionnels n’ont connu de telles audiences [Ceci est en effet très contradictoire avec ce qu’a avancé Eric Scherer. Mais il veut sans doute dire que les journaux capables de se dédoubler sur le Web, mais avec un contenu légèrement différent, ont toute la confiance des internautes. Le Monde ou Le Nouvel Observateur ont perdu de leur lectorat papier, mais ils ont des sites « gratuits » pour l’internaute, rentabilisés cependant par les annonceurs.] L’audience des grands médias britanniques, grâce au Web, et à la langue anglaise, est plus importante en dehors du Royaume uni qu’à l’intérieur. Un journal comme El Pais renforce sa diffusion en Amérique latine afin de devenir une sorte d’International Herald Tribune de langue hispanique dans la monde. En France, un tiers des visiteurs des grands journaux et de France Télévisions vient de l’étranger.